À vos marques, prêts ? Écoutez!

Est-ce que vous êtes déjà assis avec un groupe d’enfant de 8 ans pour écouté en silence pendant une période prolongée ? Encore plus, est-ce que cela est arrivé à la cafétéria où ils peuvent normalement parler avec leurs amis autant qu’ils le souhaitent? Je n’étais pas sûre de la façon dont les jeux d’écoute allaient fonctionner avec les enfants du primaire, mais j’étais convaincue: pour avoir un effet sur les niveaux sonores dans n’importe quel espace, on commence par écouter. Pour que le projet Sound Bites réussisse à réduire les niveaux sonores dans la cafétéria de l’école primaire Coronation, nous devons présenter l’écoute de manière amusante et intrigante pour les élèves…

À vos marques, prêts ? Écoutez!

Demander à une vingtaine d’enfants de moins de 12 ans de s’asseoir et d’écouter en silence pendant une période de temps est une tâche ambitieuse. Le professeur de musique Connie Wilson et moi-même avons donc veillé à ce que les activités suivantes soient couronnées de succès.

« Qui veut faire une chasse au trésor? »

Les enfants étaient tous dedans.

La chasse au trésor sonore

1- Avant de jouer à la chasse au trésor sonore, demandez aux élèves de nommer tous les sons qu’ils entendent (e.x. un éternuement, un klaxon de voiture, des frottements de pieds).

2- Demandez aux élèves d’identifier un son qu’ils entendent fréquemment dans cette pièce et de ne pas le dire à haute voix. Choisissez un élève pour ‘jouer’ le son pendant que tout le monde se couvre les yeux (e.x. frottez une efface sur le tableau, grattez une chaise, frottez des baguettes de percussion). Demandez à des bénévoles de deviner quel était le son, ou de le décrire.


3- À vos marques… prêt… écoutez : Pendant deux minutes, asseyez-vous et écoutez. Ensuite, demandez aux élèves d’écrire ou de dessiner les sons qu’ils ont entendus. S’ils ont du mal à se rappeler de ce qu’ils ont entendu (comme moi!), ils peuvent écrire ou dessiner les sons qu’ils entendent actuellement. Demandez aux bénévoles de raconter ce qu’ils ont entendu. Remarquez les similitudes et les différences dans ce que les élèves entendent.

Astuces:
• Utilisez une aide visuelle pour indiquer où vous en êtes dans la période de deux minutes afin d’éviter la question : ‘Il reste combien de temps encore?’
• Adaptez la durée à votre groupe. Je préfère plusieurs périodes d’écoute courtes afin que la chasse au trésor soit différente à chaque fois. Compte tenu de la rapidité avec laquelle le son change dans une école primaire, une chasse aux trésors de deux minutes peut inclure le gardien qui marche dans le couloir avec un chariot, tandis que le suivant chasse au trésors peut concerner les sons du système de chauffage qui démarre, et la prochaine la pratique de basket dans le gymnase à côté.

Pensez à des environnements acoustiques diverses qui sont facilement accessibles à pied. Répétez la chasse au trésor dans chaque lieux, en écrivant ou en dessinant les sons de chacun. Discutez en comparant les lieux.

Pour Sound Bites, nous avons choisi d’écouter les escaliers, la bibliothèque et deux endroits différents de la cafétéria. L’enthousiasme des enfants pour cette activité et leur écoute attentive m’ont émerveillé. Comme vous pouvez le voir sur les images de ce post, leurs réponses sont étonnantes, complexes et variées, et en disent autant sur chaque individu que sur leur école.

Bourdonnement en cours…

Les jeux de cercle produisent des résultats sonores très différents selon la dynamique du groupe y prenant part. Certains groupes tendent vers une imitation fidèle; leur exploration d’un ou deux éléments musicaux donne lieu à une évolution graduelle du résultat sonore. Par exemple, si un groupe détermine la hauteur des notes et se concentre sur des modifications sur les plans de la durée et des nuances, le son du groupe peut prendre l’allure d’un bourdonnement dont la transmutation des timbres dépend de l’instrumentation. Un bourdonnement continu, dans ce contexte, c’est tout à fait souhaitable…

Campbell, Jeux de cercles: variations

Une suite de nuances différente produira un son bien différent. Vous pouvez indiquer une de ces progressions au groupe en la jouant, en la décrivant, ou en y faisant allusion à l’aide d’images.

Campbell, Jeux de cercles: variations

On peut renverser le paradigme et fixer les paramètres d’un autre élément. Déterminons que la suite de nuances donnée comporte un crescendo-decrescendo, et que les notes restent modifiables. Voilà une modification simple qui donne un résultat sonore tout autre. Que se passe-t-il quand on fixe la hauteur des notes et une suite de nuances, et qu’on se permet des modifier la rythmique? Votre bourdonnement pourrait se mettre à groover. Si on se donne plus de latitude avec la hauteur des notes ou la suite des nuances, on obtiendra des résultats diversifiés. Si vous poursuivez ce processus, votre groupe se mettra à former des opinions sur ce qui fonctionne le mieux au plan musical, et la création d’une composition de groupe sera alors bien entamée. Voici la partition d’un groupe ayant complété ce procédé :

Co-composition basé sur Jeux de cercles, de l’École secondaire Lindsay Place, animé par Campbell dans des ateliers La Culture à l’école

Lorsqu’il a joué à des jeux de cercle, ce groupe-ci a préféré l’imitation précise. D’autres groupes préfèrent les changements radicaux au plan sonore : ceux-ci sautent d’un élément musical à l’autre, créant même un élément de surprise ou de contraste alors que la hauteur reste fixe. Ces deux stratégies sont utiles et intéressantes en soi. À vous, donc, de saisir la dynamique du groupe et exploiter les forces des gens et du groupe avec lesquels vous travaillez. Chaque groupe proposera ses idées, qui seront tout à fait uniques et propres à lui! Voilà ce qui fait la beauté des jeux de cercle.

 

Jeux de cercle

Mon dernier billet posait la question suivante : quelles stratégies peut-on utiliser en musique créative pour se concentrer sur l’exploration des possibles plutôt que sur les erreurs? Pour reprendre une expression actuellement très tendance chez les pédagogues et les technologues, ma tâche principale consiste à « stimuler le développement de l’état d’esprit de développement (growth mindset) », que ce soit en tant qu’artiste en milieu scolaire ou comme facilitatrice de musique communautaire avec des participant·e·s de tous les âges. Mon premier contact avec mes nouveaux groupes se fait en musique. Le jeu de cercle que je propose nous fait effectivement multiplier les « allô… allôô… allôôô… llôôô… llôôôôô… »

Les jeux de cercle sont basés sur des principes tout simples : la répétition et la variation. D’abord, formez un cercle. Ensuite, jouez à « répétez après moi » : j’émets un son que tout le monde répète en groupe. La tâche ne consiste pas à reproduire avec exactitude le son du·de la chef. Elle consiste plutôt à produire un son similaire à celui du·de la chef. Commencez avec des sons simples. Faites quelques folies, pour faire bonne mesure. L’humour maintient la légèreté, développe l’écoute, ouvre l’esprit des gens quant à ce qui « se fait », et aide le groupe à passer de l’opposition des bonnes réponses aux mauvaises à une simple exploration ludique du son.

Une fois que tout le monde est à l’aise et comprend la consigne, vous êtes prêt·e·s à jouer à un jeu de cercle. En voici un exemple simple :

Jeux de cercle, par Louise Campbell

Assis ou debout, formez un cercle. Une personne produit un son sur une respiration complète. Lorsque vous entendez la personne à votre gauche produire un son, rajoutez votre son au sien, en l’imitant à votre manière.

Ce jeu de cercle est un excellent moyen d’encourager l’écoute. J’ai participé à des cercles de 3 à 60 personnes; côté instrumentation, toute une gamme d’options a été explorée, d’une instrumentation standard à un joyeux bordel d’objets sonores quelconques trouvés et contribués par les participant·e·s. La magie se met à opérer quand tout le monde s’écoute et participe de façon enjouée au cercle, qui développe son propre son et son propre rythme. Pour donner suite à cette introduction, le prochain article proposera des façons d’entretenir des conversations sonores approfondies.

 

Loops en folie

En vedette : l’École secondaire de la Pointe-aux-Trembles
Karine Lalonde, enseignante en musique
Nikola, violoniste, 3e secondaire
 
Travailler avec des ados peut s’avérer aussi gratifiant que difficile. Si on réussit à les accrocher avec une activité quelconque, ils y mettront une énergie insoupçonnée – mais s’ils ne sont pas intéressés… ouille. J’ai compris que j’avais touché une corde sensible cette année lors d’un atelier Une école accueille un artiste, que j’animais alors à l’école secondaire de la Pointe-aux-Trembles. J’ai fait une démonstration de mon jeu de clarinette après l’avoir raccordé à des pédales de loop. Quand j’ai eu terminé, j’ai vu 25 ados, bouche bée, et j’ai entendu « On peut faire de la musique comme ça? », « Est-ce que je peux essayer? », « hallucinant »…

Il n’y a rien de plus facile que d’installer une pédale de loop pour quelqu’un. On active simplement le mode delay sur la pédale, on tient un micro près de leur instrument et on leur demande de jouer une note. La pédale fait rejouer cette note… encore et encore. Cette fonction permet aux gens de réécouter ce qu’ils viennent tout juste de jouer. La plupart des musiciens amateurs ont une écoute plutôt raffinée : ils distinguent instantanément ce qu’ils aiment de ce qu’ils n’aiment pas!

Ça a certainement été le cas de Nikola, violoniste qui joue de son instrument depuis cette année, et le premier élève à s’être servi de ma pédale de loop après ladite démonstration. Nous avions l’avantage d’avoir complété deux ateliers d’improvisation axés sur des jeux musicaux interactifs; d’autre part, son enseignante en musique, Karine Lalonde, lui offre actuellement une excellente formation. À part ça, je n’ai aucun mérite en ce qui concerne les échantillons sonores suivants : j’ai tenu le micro, je lui ai expliqué le fonctionnement de la pédale, et Nikola s’est chargé du reste. Quelques essais plus tard, voici son premier loop :

Loop rythmique de Nikola, réglage du delay à 120 ms

Pendant l’enregistrement de ce loop, Nikola n’était pas satisfait d’un son aigu soutenu : il souhaitait obtenir un son un peu moins strident. Karine, une excellente violoniste, lui a donc montré comment jouer une harmonique artificielle à distance de quarte – précisément le genre de son qu’il cherchait.

Puisque le premier loop de Nikola avait produit une espèce de bourdonnement rythmique, je lui ai suggéré de développer une idée contrastante en se servant de glissandos. Voici son deuxième loop :

Loop de Nikola créé à partir de glissandos, réglage du delay à 120 ms

Après le cours, j’ai voulu offrir à Nikola un exemple de ce qu’on pourrait faire avec deux loops contrastants. Voici le résultat :

Loops de Nikola, arrangement de Louise Campbell

Je serais très intéressée d’entendre les résultats auxquels Nikola serait arrivé avec ses deux loops. Ma mission actuelle : rechercher des applis gratuites permettant à des élèves d’enregistrer, de créer et de mixer leurs propres loops en se servant d’un minimum d’équipement. Tenez-vous bien, j’ai de nouveaux ateliers Une école accueille un artiste en chantier pour 2018-’19!

Une note sur les besoins techniques : il n’est pas nécessaire que l’équipement soit sophistiqué ou coûteux. Voici un principe général utile : évaluez l’équipement que vous avez à votre disposition et rajoutez-y ce qu’il faut pour qu’il puisse servir. Recherchez des applis de looping gratuites, des amplis avec fonctions delay et reverb intégrées, et des pédales de loop. Demandez à vos élèves ce qu’ils savent et font déjà : il est probable qu’il y en a parmi eux qui font déjà leur propre mixage. Servez-vous de leur équipement préféré, et vous vous retrouverez avec des experts qui s’emballeront à parler d’équipement et à partager leurs connaissances avec leurs collègues tout fraîchement branchés.

La musique au bout de vos doigts, deuxième partie

Dans l’article de blog précédent, j’ai détaillé un processus de création musicale où on emploie des téléphones cellulaires pour enregistrer des pistes et les faire rejouer. Qu’est-ce qui se passe quand on expérimente avec des notes de hauteurs variées, et quand on incorpore des instruments acoustiques?

Le processus

  1. Demandez aux élèves d’enregistrer 3 à 5 sons filés (si bémol concert) entrecoupés de silences sur leur téléphone. Faites rejouer ces sons sur un maximum d’appareils, ce qui donnera un bourdon (drone) en si bémol concert. Ça:
    1. …devient ça :

Exemple: Extrait Waxworks de Trina Davies, dirigé par Glenda Stirling, design sonore de Louise Campbell (Production CUE, 2017)

2. Demandez à quelques élèves d’improviser en utilisant une gamme de si bémol concert. La simplicité est de rigueur – on obtient parfois de très beaux résultats en ne jouant que quelques notes longues ou un trait de gamme ascendant.

3. Demandez aux élèves d’enregistrer 3 à 5 sons filés (la et si bémol concert). Faites rejouer ces sons sur un maximum d’appareils.

4. Demandez à quelques téméraires d’improviser avec une gamme de si bémol concert. Comment le résultat sonore est-il différent selon qu’on improvise contre le bourdon en la ou celui en si bémol?

5. Demandez aux élèves de choisir 3 à 4 notes différentes à enregistrer, par exemple, la-do-mi-sol ou ré-fa dièse-si bémol.

6. Demandez à quelques élèves d’improviser avec les mêmes notes que celles qu’ils·elles ont enregistrées et, ensuite, d’ajouter une note à la fois jusqu’à l’obtention d’une gamme qui fonctionne avec les notes enregistrées.

Troisième étape :

  1. Formez des groupes de 6 à 8 élèves; donnez-leur comme mission de choisir leurs propres notes, les enregistrer, les faire rejouer sur leurs cellulaires et improviser pendant la lecture des pistes. Les groupes avancés peuvent expérimenter avec la durée des sons filés et des silences. Comment cette variation simple modifie-t-elle la texture et les possibilités d’impro?

 

La musique au bout de vos doigts, première partie

Que se passe-t-il quand on fait de la musique avec ce bidule technologique que beaucoup de gens portent sur eux? Vous l’avez deviné – cet article de blog porte sur comment créer une musique originale à l’aide de téléphones cellulaires.

Je me suis d’abord servie de téléphones cellulaires comme sources de matériel sonore quand j’ai voulu créer l’illusion d’une forêt pleine d’oiseaux – mille mercis à la chorégraphe Louisa Rachedi, et à tou·te·s les danseurs et danseuses du Banff Creative Gesture Lab 2017, de m’avoir permis cette fantaisie! Je voulais recréer des chants d’oiseaux tels qu’on les entend dans la nature, où ils sont mobiles et proviennent d’une multitude d’endroits. J’ai demandé aux danseur·euse·s de faire jouer des chants d’oiseaux préenregistrés sur leur téléphone, et de garder l’appareil sur eux·elles en dansant. J’ai dû résoudre certains problèmes (appuyer sur play en dansant, ce n’est pas très esthétique comme pas de danse), mais l’effet était magique – la dimensionnalité du son a animé l’espace, créant un effet que je n’ai pas l’habitude d’observer à moins d’être en camping. Pour recréer cette expérience, mettez la piste suivante en file d’attente sur 6 à 8 cellulaires, et décalez l’activation de chaque appareil sur une minute :

Songbird, tel qu’interprété par au Banff Centre Creative Gesture Lab 2017, Louise Campbell.

Maintenant, voici comment intégrer des cellulaires à un processus de création musicale destiné à des élèves du secondaire :

  1. Activez le mode avion sur tous les téléphones afin d’éviter les interruptions indésirables pendant l’enregistrement et la lecture de la piste.
  2. Demandez aux élèves d’enregistrer de 3 à 5 sons filés entrecoupés de longs silences à l’aide du microphone et de l’application d’enregistrement intégrée au téléphone cellulaire. La sensibilité du microphone varie énormément d’un appareil à l’autre, alors laissez le temps à vos élèves de faire plusieurs captations avec le téléphone – à un, deux et trois pieds de distance – afin de déterminer ce qui donne le résultat optimal.

Exemple : signal (cue) de téléphone cellulaire tiré du design sonore de Louise Campbell pour Waxworks de Trina Davies, dirigé par Glenda Stirling (production CUE, 2017)

  1. Activez le mode répétition ou désactivez la lecture automatique de la piste suivante. Si aucune de ces options n’est disponible, enregistrez un silence de dix secondes à la suite du dernier son filé pour que l’élève puisse interrompre la lecture du fichier audio avant que le lecteur ne passe à la prochaine piste sur la liste d’écoute.
  2. Une fois tous les sons filés enregistrés, demandez aux élèves de faire jouer les pistes à différents moments.

Exemple : on fait jouer la piste de l’exemple précédent sur quatre téléphones. Je cherchais à incorporer un son sinistre et désincarné à une scène plutôt troublante de la pièce de théâtre Waxworks.

  1. Reprenez l’instruction au no. 4 en demandant aux élèves de se disperser dans la salle en une variété de configurations. Comment le résultat sonore change-t-il selon l’entassement ou la dispersion des élèves? Qu’est-ce qu’on entend quand on active 6 téléphones plutôt que 26? Qu’est-ce que ça donne si on fait jouer les enregistrements presque simultanément, ou encore si on décale leur lecture sur 1 à 2 minutes? Comment pourriez-vous vous y prendre autrement pour faire jouer cette piste?

Ouf! Le concert approche

Vous avez beaucoup improvisé, les gens s’amusent comme des fous, et maintenant, le concert approche à grands pas. Que faire? Je vous dirais d’improviser en concert comme vous le faites déjà. Sinon, vous pouvez opter pour une approche légèrement plus compositionnelle. Prenons S’amuser avec les sons filés – l’article de blog précédent – comme point de départ, et allons un peu plus loin…

La règle principale du jeu reste la même : vous pouvez faire un son filé ou un silence. Ensuite, pour ce qui est du choix de notes… Réalisez plusieurs versions du jeu en vous servant d’ensembles de notes divers (voir l’article précédent ou créez vos propres ensembles). Votre groupe a-t-il une préférence pour certains ensembles de notes? Déterminez les ensembles de notes préférés de votre groupe, et demandez à une personne d’en « diriger » l’exécution en indiquant au groupe l’ensemble de notes à jouer ainsi que la durée désirée.

Exemple de score.

Choisissez plusieurs chefs – chaque chef dirigera l’exécution des ensembles de notes à sa façon, et à une cadence qui lui sera propre. En tant que tel, c’est fascinant à observer. Pour le concert, demandez au public de deviner les règles du jeu; ensuite, faites diriger ce même jeu par vos trois chefs les plus enthousiastes – les publics adorent, car ils y perçoivent le niveau d’engagement qu’implique la création musicale… tout en pouvant y participer!

Que se passe-t-il si…

Vos élèves comprennent, de façon rudimentaire, comment les instruments produisent du son. Que se passe-t-il si on déconstruit un instrument jusqu’à ce qu’on obtienne sa composante la plus rudimentaire, soit celle qui produit du son? Que se passe-t-il si on ne joue qu’une partie de l’instrument? Que se passe-t-il si on le reconstruit à en y incorporant des objets trouvés? Que se passe-t-il si…

Vous voyez le genre. La conception et la modification des instruments, ainsi que l’exploration sonore, sont d’actualité.

Instrumentation : vents et cuivres
Âge et niveau d’habileté: tous les âges, tous les niveaux
Nombre de participants : groupe-classe complet ou groupes de 2-3

Déconstruisons la clarinette, puisque c’est l’instrument que je connais le mieux. Essentiellement, c’est l’embouchure qui sert à produire le son de l’instrument. Le corps de la clarinette sert de résonateur. Pour reconstruire une clarinette, on manipule le corps de l’instrument.

Matériaux utiles.

Les objets trouvés comme résonateurs : de quoi pourrait-on se servir comme résonateur, mis à part le corps de l’instrument? Pensez à des matériaux que vous avez déjà en main à la maison, tels que des tubes d’essuie-tout de différentes longueurs, un rouleau de papier d’aluminium, un ballon éclaté. Trouvez une façon d’étanchéifier le raccord entre l’embouchure et le résonateur. S’il y a de petites fuites d’air, enroulez de la pellicule plastique autour de la jonction entre l’embouchure et le résonateur pour en améliorer l’étanchéité. Comment et pourquoi différents matériaux produisent-ils des sonorités différentes?

Reconstruisez la clarinette : combien de façons différentes y a-t-il d’assembler une clarinette? Quels sons obtenez-vous si vous ne jouez qu’à travers l’embouchure et le barrillet, ou encore si vous ne jouez qu’à travers l’embouchure, le barrillet et le corps du haut? Que se passe-t-il si vous jouez de l’embouchure alors que celle-ci est insérée à même le pavillon? Que se passe-t-il si vous assemblez la clarinette normalement et vous utilisez des matériaux pour recouvrir le pavillon et les trous? Jouez un mi grave en recouvrant le pavillon d’un bol de métal, ou d’un bout de papier d’aluminium ou de papier de soie.

Mon Frankenstrument préféré!

Le Frankenstrument! Reconstruisez la clarinette en y incorporant d’autres instruments : que se passe-t-il si vous raccordez l’embouchure de la clarinette à des résonateurs empruntés à d’autres instruments tels qu’un trombone ou une flûte?

 Mise en garde : afin d’éviter qu’on endommage les instruments, je supervise la construction des Frankenstruments. Allez-y doucement! Ne forcez jamais la jonction de deux instruments. S’il est impossible de raccorder deux parties d’instruments :

  1. Demandez à un·e participant·e de tenir l’embouchure et de souffler dedans; demandez à un·e autre participant·e d’appuyer le corps de l’instrument contre l’embouchure.
  2. Bricolez-vous un tube servant à raccorder deux parties d’instruments.
  3. Servez-vous de parties d’instruments injouables ou irréparables.

Amusez-vous bien! Dans ce cas-ci, j’ai confiance que vos élèves vous réserveront des surprises.

 

Jouer au jeu de la musique… en mode « pep rally »!

On vous a déjà demandé de diriger un atelier de musique créative pour plus de 120 adolescentes? Ça m’est arrivé – et je me suis vraiment amusée au Trafalgar School for Girls. J’étais un peu nerveuse – ça fait beaucoup de monde, et quand les ados sont enthousiastes, ils et elles dépassent vos attentes, mais sinon… eh bien, un atelier peut facilement s’avérer très laborieux. Comment allais-je donc faire pour susciter l’enthousiasme et l’engagement de ces filles dès le départ?

Lorsque je travaille avec des amateurs, ma tâche première consiste à les mettre à l’aise, puisque la créativité se manifeste spontanément chez les gens qui rient et qui s’amusent. En ce sens, les jeux sont très utiles. Je n’ai pas ménagé mes efforts, comme j’ai dirigé l’atelier à « Traf » en m’inspirant des pep rallies qu’on organise dans les écoles secondaires anglophones : j’ai organisé un jeu musical participatif lors duquel les filles ont composé, chanté et dirigé leur propre jeu musical en se basant sur celui qui s’appelle Fruit Salad.

Fruit Salad

Les partitions suivantes sont inspirées d’un jeu musical qui consiste à répéter et à combiner trois fragments chantés de quatre temps pour une durée indéterminée. J’ai fait usage de plusieurs variations sur ce procédé dans une variété de contextes : lors d’une exploration musicale avec 30 enfants dans un camp de jour; lors d’un cours de composition offert à six adultes; et lors de pep rallies baptisés Allez (le nom de votre école secondaire)!

Instrumentation : voix
Âges : 7 ans et plus
Nombre de participants : de 6 à 100 (ou plus)

J’emploie le procédé selon lequel on superpose des chants rythmés, et je l’adapte en créant des chants rythmés de longueurs variées. Typiquement, ceux-ci comptent 3, 4 ou 5 temps. Comme ils sont de durées différentes, ils s’intercalent lorsqu’on les répète. Dépendant du contexte, je compose ces fragments comme je l’ai fait pour la partition suivante, destinée à des enfants de 6 à 10 ans.

Fruit Salad. Répéter chaque fragment pour une période indéterminée. Les encadrés indiquent les mots à omettre ou à rajouter (voir Le jeu).

Lorsque c’est possible, j’invite les participant·e·s à composer ces fragments, ce qui stimule leur implication au plan créatif et leur permet de s’approprier la partition résultante. Les fragments suivants sont tirés d’une partition composée par des élèves en musique de la Trafalgar School for Girls (sous les conseils de Kirsten Offer, leur enseignante de musique) sur le thème d’ArtsFest, soit le festival bisannuel de leur école qui fait plein feux sur les arts. Mis à part les fragments contenus sur cette partition, plusieurs autres chants ont été composés; j’ai choisi et adapté ceux qui s’adapteraient bien au contexte d’un pep rally réunissant plus de 120 personnes.

Allez, Traf! Chant ArtsFest, Trafalgar School for Girls

Le jeu

Trois chefs dirigeant chacun des fragments. Fort, plus fort, et « en mode détente ». Trafalgar School for Girls

Voilà qu’on doit transformer ces partitions en jeu : d’abord, les participant·e·s doivent apprendre les fragments par cœur. On choisit un·e ou des chef(s) d’orchestre qu’on charge d’indiquer les nuances, les entrées et les sorties. Que se passe-t-il si tout le monde commence en même temps? Que se passe-t-il quand les fragments de 3 et de 4 temps commencent fort et se poursuivent decrescendo? Que se passe-t-il si une seule personne entame le fragment de 5 temps en le chuchotant?

Ensuite, on choisit un mot ou une expression parmi chacun des fragments et on le remplace par un silence. Ensuite, on en omet un autre. Et un autre. On remet un mot ou une expession ayant été enlevé. On rajoute et on enlève des éléments de différentes façons à chacun des fragments. Les carrés gris renfermant des mots dans les partitions ci-dessus présentent une façon, parmi d’autres, de regrouper des mots et des expressions afin de les enlever ou les rajouter. Portez une attention particulière aux choix que vous effectuerez en ce sens pour votre partition – ceux-ci auront un impact énorme sur la groove ou la carrure rythmique de votre pièce. Des mots et des figures rythmiques différents seront mis en relief et s’aligneront de façons variées et surprenantes, tout dépendant du moment et de la méthode employés pour l’ajout ou l’omission de mots et de phrases.

Maintenant, trouvez une façon de rajouter et omettre des mots dans le feu de l’action : inventez des signes de main pour indiquer les inclusions et les omissions. Écrivez les fragments sur un tableau blanc; couvrez et découvrez ces mots avec des bouts de papier. Pour ce qui est de votre direction, faites preuve de créativité! Mieux encore, invitez vos participant·e·s à proposer d’autres façons de diriger le jeu. Chaque groupe vous offrira des solutions différentes; la même partition résultera ainsi en une diversité de pièces. Amusez-vous bien!

Allez, Traf! Musique inspirée des « pep rallies ».