Hommage to R. Murray Schafer

(Pour des raisons technique, le français suit)

I am lucky to be part of a wide and deep tradition of music-making in classrooms. R. Murray Schafer (1933-2021) was pivotal to music in the classroom, and was known for his ability to connect with students of all ages. While I did not know him well, I acknowledge that I work in a tradition deeply influenced by his work as a musician and music educator. 

Schafer’s practice in the classroom centred around attention to sound and listening. Many of his music activities don’t require specialized equipment, a bonus when incorporating music into any classroom and subject area. Here is an activity I first witnessed Schafer lead at the CNMN FORUM 2018 in Montreal:

  1. Crumple a piece of paper and throw it against a hard surface such as a wall
  2. Listen the sounds made throughout this act
  3. Imitate the sounds using your voice

Students imitate the sounds they hear in many ways, the greatest variety being which sounds they choose to imitate. Some imitate only the sound of the paper hitting the wall, some imitate the sound of the paper whistling through the air, and others imitate the sound of the paper ricocheting off other surfaces after the impact. A rare few imitate the paper crumpling at the beginning through to the paper coming to a standstill. None of these imitations is right or wrong; it is simply indicative of what each person attends to. 

I wonder sometimes if what a person chooses to imitate is also indicative of the sounds they think of as ‘worthy’ of listening to, which is certainly fodder for my musician’s curiosity about how other people hear the world. 

Here are a few directions I’ve taken this exercise:

  1. Imitate the sounds using an object other than a piece of paper. This option is helpful for classes that may be shy using their voices)
  2. Imitate the sounds using an instrument. If this I am working with a music class, I generally ask students to do this exercise first with a percussion instrument, and then transition to imitating it with their own instrument.
  3. Draw a visual representation of the sound: 
    • Explore the ‘feel’ of the sounds for a more abstract representation of the sound. See the music video Message in the Bottle, the final product of a workshop that delves into this idea.
    • Explore graphic notation, using strategies different sizes of objects or weights of line to represent volume, assigning a timeline to the x axis to depict sound as it occurs over time. 

These activities are wonderful for encouraging students (and myself!) to attend to the sounds that surround us, and have fun with sound as an artistic, expressive and acoustic phenomenon. They inevitably lead to discussions about individual experiences of sound. Delving into to curriculum, I’ve used these activities in the following subject areas:

  1. Literary arts: concepts of literacy and communication through the visual medium.
  2. Math: visual representation of information through graphic scores that assign various parameters to the x and y axes (e.g. x=volume, y=time).
  3. Science: understanding acoustics and the properties of materials by doing the same activity with materials other than paper (e.g. tennis ball, tinfoil paper) and throwing these materials against different surfaces (e.g. metal, plastic). 
  4. Music: depict these sounds through graphic scores and tradition Western notation. Pick one element of the notated sound (rhythmic motive, pitch etc.) and use it as the starting point for an improvisation/composition.

The possibilities for play and learning are many! If this activity intrigues you, please don’t hesitate to reach out for resources for music activities you can do in your classroom.

If you are interested in bringing a Teaching Artist into your classroom, see here for funding to bring me and other Teaching Artists into your school:

ELAN ArtistsInspire | Culture in Schools | Culture pour tous  

If you are looking for more ideas, please contact me for sample workshop descriptions. If you have ideas you’d like to explore, I’d be happy to chat with you and come up with a workshop tailor-made for your class! Please contact me at mlouisecampbell(at)gmail.com.

All the best to everyone in this new school year and artistic season!

Hommage à R. Murray Schafer

Je faire partie d’une tradition large et profonde de création musicale dans les écoles. R. Murray Schafer (1933-2021) a joué un rôle central dans la musique, et était connu pour sa capacité à se connecter avec des étudiants. Même si je ne le connaissais pas bien, je reconnais que je travaille dans une tradition profondément influencée par son travail de musicien et d’éducateur musical.

La pratique de Schafer en classe était centrée sur l’attention portée au son et à l’écoute. Beaucoup de ses activités musicales ne nécessitent pas d’équipement spécialisé, un bonus lors de l’intégration de la musique dans tous les sujets. Voici une activité de Schafer dont j’ai été témoin pour la première fois Schafer au FORUM CNMN 2018 à Montréal :

1. Froissez un morceau de papier et jetez-le contre un mur

2. Écoutez les sons émis tout au long de cet acte

3. Imitez les sons avec votre voix

Les élèves imitent les sons qu’ils entendent de plusieurs façons, la plus grande variété étant les sons qu’ils choisissent d’imiter. Certains imitent uniquement le son du papier frappant le mur, certains imitent le son du papier sifflant dans l’air et d’autres imitent le son du papier ricochant sur d’autres surfaces après l’impact. Quelques rares imitent le froissement du papier au début jusqu’à l’arrêt du papier. 

Voici quelques directions que j’ai prises pour cet exercice :

1. Imitez les sons en utilisant un objet autre qu’un morceau de papier. Cette option est utile pour les classes qui peuvent être timides avec leur voix

2. Imitez les sons à l’aide d’un instrument. Si je suis en cours de musique, je demande aux étudiants de faire cet exercice d’abord avec un instrument à percussion, puis de l’imiter avec leur propre instrument.

3. Dessinez une représentation visuelle du son :

a. Explorez la « sensation » des sons pour une représentation plus abstraite du son. Voir la vidéo musicale Message in the Bottle, le produit final d’un atelier qui approfondit cette idée.

b. Explorez la notation graphique, en utilisant des stratégies tel que des différentes tailles d’objets pour représenter le volume, ou une chronologie horizontale pour représenter le son tel qu’il se produit au fil du temps.

Ces activités sont formidables pour encourager les élèves (et moi-même !) à prêter attention aux sons qui nous entourent et à s’amuser avec le son en tant que phénomène artistique, expressif et acoustique. Ils conduisent inévitablement à des discussions sur les expériences individuelles du son. 

En approfondissant le curriculum, j’ai utilisé ces activités dans les domaines suivants :

1. Arts littéraires : concepts d’alphabétisation et de communication à travers un médium visuel,

2. Mathématiques : représentation visuelle de l’information à travers des scores graphiques qui attribuent divers paramètres aux axes x et y (par exemple x=volume, y=temps).

3. Science : comprendre l’acoustique et les propriétés des matériaux en faisant la même activité avec des matériaux autres que le papier (ex. balle de tennis, papier d’aluminium) et en projetant ces matériaux contre différentes surfaces (ex. métal, plastique).

4. Musique : dépeignez ces sons à l’aide de partitions graphiques et d’une notation occidentale. Choisissez un élément du son noté (motif rythmique, hauteur, etc.) et utilisez-le comme point de départ pour une improvisation/composition.

Les possibilités de jeu et d’apprentissage sont nombreuses ! Si cette activité vous intrigue, n’hésitez pas à me contacter pour des ressources d’activités musicales que vous pouvez faire dans votre classe.

Si vous souhaitez amener un artiste dans votre classe, cliquez ici pour plus d’information sur les subventions :

La culture à l’école | Culture pour tous

Bonne chance à toutes et è tous en cette nouvelle année scolaire et en cette saison artistique !

À vos marques, prêts ? Écoutez!

Est-ce que vous êtes déjà assis avec un groupe d’enfant de 8 ans pour écouté en silence pendant une période prolongée ? Encore plus, est-ce que cela est arrivé à la cafétéria où ils peuvent normalement parler avec leurs amis autant qu’ils le souhaitent? Je n’étais pas sûre de la façon dont les jeux d’écoute allaient fonctionner avec les enfants du primaire, mais j’étais convaincue: pour avoir un effet sur les niveaux sonores dans n’importe quel espace, on commence par écouter. Pour que le projet Sound Bites réussisse à réduire les niveaux sonores dans la cafétéria de l’école primaire Coronation, nous devons présenter l’écoute de manière amusante et intrigante pour les élèves…

À vos marques, prêts ? Écoutez!

Demander à une vingtaine d’enfants de moins de 12 ans de s’asseoir et d’écouter en silence pendant une période de temps est une tâche ambitieuse. Le professeur de musique Connie Wilson et moi-même avons donc veillé à ce que les activités suivantes soient couronnées de succès.

« Qui veut faire une chasse au trésor? »

Les enfants étaient tous dedans.

La chasse au trésor sonore

1- Avant de jouer à la chasse au trésor sonore, demandez aux élèves de nommer tous les sons qu’ils entendent (e.x. un éternuement, un klaxon de voiture, des frottements de pieds).

2- Demandez aux élèves d’identifier un son qu’ils entendent fréquemment dans cette pièce et de ne pas le dire à haute voix. Choisissez un élève pour ‘jouer’ le son pendant que tout le monde se couvre les yeux (e.x. frottez une efface sur le tableau, grattez une chaise, frottez des baguettes de percussion). Demandez à des bénévoles de deviner quel était le son, ou de le décrire.


3- À vos marques… prêt… écoutez : Pendant deux minutes, asseyez-vous et écoutez. Ensuite, demandez aux élèves d’écrire ou de dessiner les sons qu’ils ont entendus. S’ils ont du mal à se rappeler de ce qu’ils ont entendu (comme moi!), ils peuvent écrire ou dessiner les sons qu’ils entendent actuellement. Demandez aux bénévoles de raconter ce qu’ils ont entendu. Remarquez les similitudes et les différences dans ce que les élèves entendent.

Astuces:
• Utilisez une aide visuelle pour indiquer où vous en êtes dans la période de deux minutes afin d’éviter la question : ‘Il reste combien de temps encore?’
• Adaptez la durée à votre groupe. Je préfère plusieurs périodes d’écoute courtes afin que la chasse au trésor soit différente à chaque fois. Compte tenu de la rapidité avec laquelle le son change dans une école primaire, une chasse aux trésors de deux minutes peut inclure le gardien qui marche dans le couloir avec un chariot, tandis que le suivant chasse au trésors peut concerner les sons du système de chauffage qui démarre, et la prochaine la pratique de basket dans le gymnase à côté.

Pensez à des environnements acoustiques diverses qui sont facilement accessibles à pied. Répétez la chasse au trésor dans chaque lieux, en écrivant ou en dessinant les sons de chacun. Discutez en comparant les lieux.

Pour Sound Bites, nous avons choisi d’écouter les escaliers, la bibliothèque et deux endroits différents de la cafétéria. L’enthousiasme des enfants pour cette activité et leur écoute attentive m’ont émerveillé. Comme vous pouvez le voir sur les images de ce post, leurs réponses sont étonnantes, complexes et variées, et en disent autant sur chaque individu que sur leur école.

Spotlight : Sound Bites

Coronation Sound Bites, Louise Campbell

Imaginez une grande pièce : un plancher en béton, un plafond bas de carreaux, des murs de plâtre, des tables entourées de tabourets, un mur de frigos industriels et une cuisine commerciale. Vous entendez également des sons : les bourdonnements, vrombissements et claquements métalliques d’une cuisine. Imaginez la même pièce remplie d’une centaine d’enfants en train de manger. L’efficacité de la salle et l’enthousiasme qui y règne sont louables et les niveaux sonores sont impressionnants. Sous le chapeau du programme « Une école accueille un artiste », je suis ravie de faire partie de « Sound Bites », un projet visant à réduire les niveaux sonores de cette pièce, la cafétéria de l’école primaire Coronation.

À bien des égards, une cafétéria ressemble à un restaurant ou à un bar. On y trouve beaucoup de monde dans un espace fermé et beaucoup de bruit de fond. Les gens parlent fort pour être entendus, ce qui fait en sorte que les autres parlent plus fort à leur tour. En réfléchissant avec Shelly Sharp, professeure de sciences et artiste en arts visuels, nous avons posé les questions suivantes :

« Comment le son affecte-t-il notre bien-être ? Que pouvons-nous faire en tant qu’artistes, élèves et adultes pour comprendre le son et avoir un impact positif sur la qualité et le volume du son à la cafétéria de l’école primaire Coronation ? »

Ces questions entrent parfaitement dans le cadre de l’approche STEAM (Science, technology, engineering, arts, mathematics), le son permettant d’aborder des enjeux reliés à la conscience, à l’expression de soi, au comportement, aux dynamiques de groupe et à l’acoustique. Dans leur cours de science, les enfants avaient déjà étudié les molécules et le transfert d’énergie. Ils pouvaient donc baser leur apprentissage de l’acoustique et du comportement des ondes sonores sur leurs connaissances antérieures.

En utilisant des billes pour modeler les ondes sonores, l’expérience suivante permet d’améliorer la compréhension de la réflexion, de l’absorption et de la dispersion du son, et de l’acoustique d’une pièce en général.

Matériel :
• 3 billes
• 3 matériaux différents de dimensions similaires (p. ex. du bois, de la mousse viscoélastique, du carton ondulé)
• 1 mètre à ruban

Expérience :
Placez les matériaux contre un mur. Marquez un endroit sur le sol pour tirer les billes, en gardant la même distance entre la marque et les matériaux. Propulsez une bille sur chacun des matériaux, en laissant chaque bille s’arrêter après qu’elle frappe la cible. Mesurez et enregistrez la distance atteinte par la bille. Faites l’analyse des données en fonction de l’âge de vos élèves.

Discussion :
Demandez aux élèves de faire des observations :
• De quelle façon la bille a-t-elle rebondi sur les matériaux ?
• Quelles étaient les similitudes et les différences entre les rebondissements ? Qu’est-ce qui pourrait expliquer ces observations ?
• Quels sont les liens entre l’expérience et les caractéristiques sonores :

– de la pièce dans laquelle vous vous trouvez actuellement ?
– d’un environnement calme comme une bibliothèque ?
– d’un environnement bruyant comme une cafétéria ?

Cette expérience nous a permis de discuter du son de manière pratique. En cours de musique, nous avons écouté les sons de la cafétéria d’une oreille très attentive…

Il était une fois…

Pierre et le loup est un simple conte de fées. Mais ce n’est peut-être pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Les contes de fées sont issus de traditions et de cultures de partout dans le monde. Ils racontent des histoires sur la vie quotidienne afin de divertir et d’enseigner des leçons de vie, des valeurs, de la culture et de l’histoire. Comme toutes les histoires, la personne qui raconte l’histoire, les gens à qui elle est racontée et les raisons pour lesquelles on la raconte sont tout aussi importants que l’histoire elle-même. Comment présenter Pierre et le loup aux enfants d’aujourd’hui ? CLIQUEZ ICI pour consulter le guide pédagogique que j’ai rédigé pour l’Orchestre symphonique de Montréal, qui propose des idées de jeux, des suggestions pour faciliter la médiation culturelle et l’acquisition de compétences transversales et plus encore

Bourdonnement en cours…

Les jeux de cercle produisent des résultats sonores très différents selon la dynamique du groupe y prenant part. Certains groupes tendent vers une imitation fidèle; leur exploration d’un ou deux éléments musicaux donne lieu à une évolution graduelle du résultat sonore. Par exemple, si un groupe détermine la hauteur des notes et se concentre sur des modifications sur les plans de la durée et des nuances, le son du groupe peut prendre l’allure d’un bourdonnement dont la transmutation des timbres dépend de l’instrumentation. Un bourdonnement continu, dans ce contexte, c’est tout à fait souhaitable…

Campbell, Jeux de cercles: variations

Une suite de nuances différente produira un son bien différent. Vous pouvez indiquer une de ces progressions au groupe en la jouant, en la décrivant, ou en y faisant allusion à l’aide d’images.

Campbell, Jeux de cercles: variations

On peut renverser le paradigme et fixer les paramètres d’un autre élément. Déterminons que la suite de nuances donnée comporte un crescendo-decrescendo, et que les notes restent modifiables. Voilà une modification simple qui donne un résultat sonore tout autre. Que se passe-t-il quand on fixe la hauteur des notes et une suite de nuances, et qu’on se permet des modifier la rythmique? Votre bourdonnement pourrait se mettre à groover. Si on se donne plus de latitude avec la hauteur des notes ou la suite des nuances, on obtiendra des résultats diversifiés. Si vous poursuivez ce processus, votre groupe se mettra à former des opinions sur ce qui fonctionne le mieux au plan musical, et la création d’une composition de groupe sera alors bien entamée. Voici la partition d’un groupe ayant complété ce procédé :

Co-composition basé sur Jeux de cercles, de l’École secondaire Lindsay Place, animé par Campbell dans des ateliers La Culture à l’école

Lorsqu’il a joué à des jeux de cercle, ce groupe-ci a préféré l’imitation précise. D’autres groupes préfèrent les changements radicaux au plan sonore : ceux-ci sautent d’un élément musical à l’autre, créant même un élément de surprise ou de contraste alors que la hauteur reste fixe. Ces deux stratégies sont utiles et intéressantes en soi. À vous, donc, de saisir la dynamique du groupe et exploiter les forces des gens et du groupe avec lesquels vous travaillez. Chaque groupe proposera ses idées, qui seront tout à fait uniques et propres à lui! Voilà ce qui fait la beauté des jeux de cercle.

 

Loops en folie

En vedette : l’École secondaire de la Pointe-aux-Trembles
Karine Lalonde, enseignante en musique
Nikola, violoniste, 3e secondaire
 
Travailler avec des ados peut s’avérer aussi gratifiant que difficile. Si on réussit à les accrocher avec une activité quelconque, ils y mettront une énergie insoupçonnée – mais s’ils ne sont pas intéressés… ouille. J’ai compris que j’avais touché une corde sensible cette année lors d’un atelier Une école accueille un artiste, que j’animais alors à l’école secondaire de la Pointe-aux-Trembles. J’ai fait une démonstration de mon jeu de clarinette après l’avoir raccordé à des pédales de loop. Quand j’ai eu terminé, j’ai vu 25 ados, bouche bée, et j’ai entendu « On peut faire de la musique comme ça? », « Est-ce que je peux essayer? », « hallucinant »…

Il n’y a rien de plus facile que d’installer une pédale de loop pour quelqu’un. On active simplement le mode delay sur la pédale, on tient un micro près de leur instrument et on leur demande de jouer une note. La pédale fait rejouer cette note… encore et encore. Cette fonction permet aux gens de réécouter ce qu’ils viennent tout juste de jouer. La plupart des musiciens amateurs ont une écoute plutôt raffinée : ils distinguent instantanément ce qu’ils aiment de ce qu’ils n’aiment pas!

Ça a certainement été le cas de Nikola, violoniste qui joue de son instrument depuis cette année, et le premier élève à s’être servi de ma pédale de loop après ladite démonstration. Nous avions l’avantage d’avoir complété deux ateliers d’improvisation axés sur des jeux musicaux interactifs; d’autre part, son enseignante en musique, Karine Lalonde, lui offre actuellement une excellente formation. À part ça, je n’ai aucun mérite en ce qui concerne les échantillons sonores suivants : j’ai tenu le micro, je lui ai expliqué le fonctionnement de la pédale, et Nikola s’est chargé du reste. Quelques essais plus tard, voici son premier loop :

Loop rythmique de Nikola, réglage du delay à 120 ms

Pendant l’enregistrement de ce loop, Nikola n’était pas satisfait d’un son aigu soutenu : il souhaitait obtenir un son un peu moins strident. Karine, une excellente violoniste, lui a donc montré comment jouer une harmonique artificielle à distance de quarte – précisément le genre de son qu’il cherchait.

Puisque le premier loop de Nikola avait produit une espèce de bourdonnement rythmique, je lui ai suggéré de développer une idée contrastante en se servant de glissandos. Voici son deuxième loop :

Loop de Nikola créé à partir de glissandos, réglage du delay à 120 ms

Après le cours, j’ai voulu offrir à Nikola un exemple de ce qu’on pourrait faire avec deux loops contrastants. Voici le résultat :

Loops de Nikola, arrangement de Louise Campbell

Je serais très intéressée d’entendre les résultats auxquels Nikola serait arrivé avec ses deux loops. Ma mission actuelle : rechercher des applis gratuites permettant à des élèves d’enregistrer, de créer et de mixer leurs propres loops en se servant d’un minimum d’équipement. Tenez-vous bien, j’ai de nouveaux ateliers Une école accueille un artiste en chantier pour 2018-’19!

Une note sur les besoins techniques : il n’est pas nécessaire que l’équipement soit sophistiqué ou coûteux. Voici un principe général utile : évaluez l’équipement que vous avez à votre disposition et rajoutez-y ce qu’il faut pour qu’il puisse servir. Recherchez des applis de looping gratuites, des amplis avec fonctions delay et reverb intégrées, et des pédales de loop. Demandez à vos élèves ce qu’ils savent et font déjà : il est probable qu’il y en a parmi eux qui font déjà leur propre mixage. Servez-vous de leur équipement préféré, et vous vous retrouverez avec des experts qui s’emballeront à parler d’équipement et à partager leurs connaissances avec leurs collègues tout fraîchement branchés.

La musique au bout de vos doigts, deuxième partie

Dans l’article de blog précédent, j’ai détaillé un processus de création musicale où on emploie des téléphones cellulaires pour enregistrer des pistes et les faire rejouer. Qu’est-ce qui se passe quand on expérimente avec des notes de hauteurs variées, et quand on incorpore des instruments acoustiques?

Le processus

  1. Demandez aux élèves d’enregistrer 3 à 5 sons filés (si bémol concert) entrecoupés de silences sur leur téléphone. Faites rejouer ces sons sur un maximum d’appareils, ce qui donnera un bourdon (drone) en si bémol concert. Ça:

    1. …devient ça :

Exemple: Extrait Waxworks de Trina Davies, dirigé par Glenda Stirling, design sonore de Louise Campbell (Production CUE, 2017)

2. Demandez à quelques élèves d’improviser en utilisant une gamme de si bémol concert. La simplicité est de rigueur – on obtient parfois de très beaux résultats en ne jouant que quelques notes longues ou un trait de gamme ascendant.

3. Demandez aux élèves d’enregistrer 3 à 5 sons filés (la et si bémol concert). Faites rejouer ces sons sur un maximum d’appareils.

4. Demandez à quelques téméraires d’improviser avec une gamme de si bémol concert. Comment le résultat sonore est-il différent selon qu’on improvise contre le bourdon en la ou celui en si bémol?

5. Demandez aux élèves de choisir 3 à 4 notes différentes à enregistrer, par exemple, la-do-mi-sol ou ré-fa dièse-si bémol.

6. Demandez à quelques élèves d’improviser avec les mêmes notes que celles qu’ils·elles ont enregistrées et, ensuite, d’ajouter une note à la fois jusqu’à l’obtention d’une gamme qui fonctionne avec les notes enregistrées.

Troisième étape :

  1. Formez des groupes de 6 à 8 élèves; donnez-leur comme mission de choisir leurs propres notes, les enregistrer, les faire rejouer sur leurs cellulaires et improviser pendant la lecture des pistes. Les groupes avancés peuvent expérimenter avec la durée des sons filés et des silences. Comment cette variation simple modifie-t-elle la texture et les possibilités d’impro?

 

La musique au bout de vos doigts, première partie

Que se passe-t-il quand on fait de la musique avec ce bidule technologique que beaucoup de gens portent sur eux? Vous l’avez deviné – cet article de blog porte sur comment créer une musique originale à l’aide de téléphones cellulaires.

Je me suis d’abord servie de téléphones cellulaires comme sources de matériel sonore quand j’ai voulu créer l’illusion d’une forêt pleine d’oiseaux – mille mercis à la chorégraphe Louisa Rachedi, et à tou·te·s les danseurs et danseuses du Banff Creative Gesture Lab 2017, de m’avoir permis cette fantaisie! Je voulais recréer des chants d’oiseaux tels qu’on les entend dans la nature, où ils sont mobiles et proviennent d’une multitude d’endroits. J’ai demandé aux danseur·euse·s de faire jouer des chants d’oiseaux préenregistrés sur leur téléphone, et de garder l’appareil sur eux·elles en dansant. J’ai dû résoudre certains problèmes (appuyer sur play en dansant, ce n’est pas très esthétique comme pas de danse), mais l’effet était magique – la dimensionnalité du son a animé l’espace, créant un effet que je n’ai pas l’habitude d’observer à moins d’être en camping. Pour recréer cette expérience, mettez la piste suivante en file d’attente sur 6 à 8 cellulaires, et décalez l’activation de chaque appareil sur une minute :

Songbird, tel qu’interprété par au Banff Centre Creative Gesture Lab 2017, Louise Campbell.

Maintenant, voici comment intégrer des cellulaires à un processus de création musicale destiné à des élèves du secondaire :

  1. Activez le mode avion sur tous les téléphones afin d’éviter les interruptions indésirables pendant l’enregistrement et la lecture de la piste.
  2. Demandez aux élèves d’enregistrer de 3 à 5 sons filés entrecoupés de longs silences à l’aide du microphone et de l’application d’enregistrement intégrée au téléphone cellulaire. La sensibilité du microphone varie énormément d’un appareil à l’autre, alors laissez le temps à vos élèves de faire plusieurs captations avec le téléphone – à un, deux et trois pieds de distance – afin de déterminer ce qui donne le résultat optimal.

Exemple : signal (cue) de téléphone cellulaire tiré du design sonore de Louise Campbell pour Waxworks de Trina Davies, dirigé par Glenda Stirling (production CUE, 2017)

  1. Activez le mode répétition ou désactivez la lecture automatique de la piste suivante. Si aucune de ces options n’est disponible, enregistrez un silence de dix secondes à la suite du dernier son filé pour que l’élève puisse interrompre la lecture du fichier audio avant que le lecteur ne passe à la prochaine piste sur la liste d’écoute.
  2. Une fois tous les sons filés enregistrés, demandez aux élèves de faire jouer les pistes à différents moments.

Exemple : on fait jouer la piste de l’exemple précédent sur quatre téléphones. Je cherchais à incorporer un son sinistre et désincarné à une scène plutôt troublante de la pièce de théâtre Waxworks.

  1. Reprenez l’instruction au no. 4 en demandant aux élèves de se disperser dans la salle en une variété de configurations. Comment le résultat sonore change-t-il selon l’entassement ou la dispersion des élèves? Qu’est-ce qu’on entend quand on active 6 téléphones plutôt que 26? Qu’est-ce que ça donne si on fait jouer les enregistrements presque simultanément, ou encore si on décale leur lecture sur 1 à 2 minutes? Comment pourriez-vous vous y prendre autrement pour faire jouer cette piste?

Jouer au jeu de la musique : une activité branchée!

Ce n’est pas un secret – j’ai tendance à favoriser la musique acoustique, surtout quand il s’agit de faire de la musique avec des musiciens amateurs. Je préfère me servir des outils dont les gens disposent pour faire de la musique, que ce soit la voix, la percussion corporelle, des objets trouvés ou des instruments. Imaginez-vous donc mon étonnement quand j’ai réalisé que je passais plus de temps à brancher ma clarinette qu’à en jouer de façon traditionnelle, et que mes outils technologiques s’étaient immiscés dans mon travail avec les musiciens sans formation.

Comment en suis-je arrivée là? Grâce à la danse. Je joue pour des danseurs depuis longtemps, et j’adore jouer d’un instrument acoustique dans ce contexte. Toutefois, lorsque j’occupe seule le rôle de musicienne, j’ai souvent affaire à un défi particulier : la clarinette est un instrument mélodique et, au cours d’un spectacle d’une heure, il arrive un moment où une seule mélodie ne me suffit plus. J’ai déjà contourné le problème en repoussant les limites de l’instrument, en me servant d’objets trouvés, en demandant aux danseurs de faire office de « chœur » – mais en réalité, un seul instrument mélodique ne peut me fournir la palette sonore élargie dont j’ai besoin. Je dois me dédoubler.

Voilà l’utilité des pédales de guitare. Les pédales de loop, c’est magique – on enregistre une piste, et le looper la répète allègrement jusqu’à ce qu’on lui dise d’arrêter. On superpose une autre piste… et soudainement, un instrument mélodique peut s’occuper de l’harmonie et du contrepoint. On ne fait pas que se dédoubler – on se transforme en un orchestre complet. C’est magique – et ça crée une dépendance, ce qu’on constate à observer l’expansion de ma collection de pédales.

Je ne peux certainement plus prétendre jouer d’un instrument acoustique. Je me sers de loopers et de processeurs d’effets, ce qui me donne accès à des options harmoniques et contrapuntiques, à l’échantillonnage, au traitement numérique de sons en temps réel, et à l’utilisation d’échantillons sonores préenregistrés. Je jongle avec ces éléments au fur et à mesure afin de respecter les durées variables que demandent les open scores, très courants dans le milieu de la danse. J’utilise quand même l’ensemble de mes solutions acoustiques – j’ai maintenant une gamme élargie d’options, et je choisis la solution la plus appropriée selon le cas.

L’histoire de la musique regorge de gens ingénieux ayant cherché à résoudre un défi de façon originale. Mon défi était de concevoir des œuvres de longue durée pour clarinette seule (et les partitions correspondantes) pour des projets de danse. Quel est le vôtre? Où vos solutions vous mèneront-elles? Les prochains articles de blog exploreront des technologies simples et accessibles pouvant servir à faire de la musique avec des amateurs.