La musique au bout de vos doigts, deuxième partie

Dans l’article de blog précédent, j’ai détaillé un processus de création musicale où on emploie des téléphones cellulaires pour enregistrer des pistes et les faire rejouer. Qu’est-ce qui se passe quand on expérimente avec des notes de hauteurs variées, et quand on incorpore des instruments acoustiques?

Le processus

  1. Demandez aux élèves d’enregistrer 3 à 5 sons filés (si bémol concert) entrecoupés de silences sur leur téléphone. Faites rejouer ces sons sur un maximum d’appareils, ce qui donnera un bourdon (drone) en si bémol concert. Ça:
    1. …devient ça :

Exemple: Extrait Waxworks de Trina Davies, dirigé par Glenda Stirling, design sonore de Louise Campbell (Production CUE, 2017)

2. Demandez à quelques élèves d’improviser en utilisant une gamme de si bémol concert. La simplicité est de rigueur – on obtient parfois de très beaux résultats en ne jouant que quelques notes longues ou un trait de gamme ascendant.

3. Demandez aux élèves d’enregistrer 3 à 5 sons filés (la et si bémol concert). Faites rejouer ces sons sur un maximum d’appareils.

4. Demandez à quelques téméraires d’improviser avec une gamme de si bémol concert. Comment le résultat sonore est-il différent selon qu’on improvise contre le bourdon en la ou celui en si bémol?

5. Demandez aux élèves de choisir 3 à 4 notes différentes à enregistrer, par exemple, la-do-mi-sol ou ré-fa dièse-si bémol.

6. Demandez à quelques élèves d’improviser avec les mêmes notes que celles qu’ils·elles ont enregistrées et, ensuite, d’ajouter une note à la fois jusqu’à l’obtention d’une gamme qui fonctionne avec les notes enregistrées.

Troisième étape :

  1. Formez des groupes de 6 à 8 élèves; donnez-leur comme mission de choisir leurs propres notes, les enregistrer, les faire rejouer sur leurs cellulaires et improviser pendant la lecture des pistes. Les groupes avancés peuvent expérimenter avec la durée des sons filés et des silences. Comment cette variation simple modifie-t-elle la texture et les possibilités d’impro?

 

La musique au bout de vos doigts, première partie

Que se passe-t-il quand on fait de la musique avec ce bidule technologique que beaucoup de gens portent sur eux? Vous l’avez deviné – cet article de blog porte sur comment créer une musique originale à l’aide de téléphones cellulaires.

Je me suis d’abord servie de téléphones cellulaires comme sources de matériel sonore quand j’ai voulu créer l’illusion d’une forêt pleine d’oiseaux – mille mercis à la chorégraphe Louisa Rachedi, et à tou·te·s les danseurs et danseuses du Banff Creative Gesture Lab 2017, de m’avoir permis cette fantaisie! Je voulais recréer des chants d’oiseaux tels qu’on les entend dans la nature, où ils sont mobiles et proviennent d’une multitude d’endroits. J’ai demandé aux danseur·euse·s de faire jouer des chants d’oiseaux préenregistrés sur leur téléphone, et de garder l’appareil sur eux·elles en dansant. J’ai dû résoudre certains problèmes (appuyer sur play en dansant, ce n’est pas très esthétique comme pas de danse), mais l’effet était magique – la dimensionnalité du son a animé l’espace, créant un effet que je n’ai pas l’habitude d’observer à moins d’être en camping. Pour recréer cette expérience, mettez la piste suivante en file d’attente sur 6 à 8 cellulaires, et décalez l’activation de chaque appareil sur une minute :

Songbird, tel qu’interprété par au Banff Centre Creative Gesture Lab 2017, Louise Campbell.

Maintenant, voici comment intégrer des cellulaires à un processus de création musicale destiné à des élèves du secondaire :

  1. Activez le mode avion sur tous les téléphones afin d’éviter les interruptions indésirables pendant l’enregistrement et la lecture de la piste.
  2. Demandez aux élèves d’enregistrer de 3 à 5 sons filés entrecoupés de longs silences à l’aide du microphone et de l’application d’enregistrement intégrée au téléphone cellulaire. La sensibilité du microphone varie énormément d’un appareil à l’autre, alors laissez le temps à vos élèves de faire plusieurs captations avec le téléphone – à un, deux et trois pieds de distance – afin de déterminer ce qui donne le résultat optimal.

Exemple : signal (cue) de téléphone cellulaire tiré du design sonore de Louise Campbell pour Waxworks de Trina Davies, dirigé par Glenda Stirling (production CUE, 2017)

  1. Activez le mode répétition ou désactivez la lecture automatique de la piste suivante. Si aucune de ces options n’est disponible, enregistrez un silence de dix secondes à la suite du dernier son filé pour que l’élève puisse interrompre la lecture du fichier audio avant que le lecteur ne passe à la prochaine piste sur la liste d’écoute.
  2. Une fois tous les sons filés enregistrés, demandez aux élèves de faire jouer les pistes à différents moments.

Exemple : on fait jouer la piste de l’exemple précédent sur quatre téléphones. Je cherchais à incorporer un son sinistre et désincarné à une scène plutôt troublante de la pièce de théâtre Waxworks.

  1. Reprenez l’instruction au no. 4 en demandant aux élèves de se disperser dans la salle en une variété de configurations. Comment le résultat sonore change-t-il selon l’entassement ou la dispersion des élèves? Qu’est-ce qu’on entend quand on active 6 téléphones plutôt que 26? Qu’est-ce que ça donne si on fait jouer les enregistrements presque simultanément, ou encore si on décale leur lecture sur 1 à 2 minutes? Comment pourriez-vous vous y prendre autrement pour faire jouer cette piste?

Jouer au jeu de la musique : une activité branchée!

Ce n’est pas un secret – j’ai tendance à favoriser la musique acoustique, surtout quand il s’agit de faire de la musique avec des musiciens amateurs. Je préfère me servir des outils dont les gens disposent pour faire de la musique, que ce soit la voix, la percussion corporelle, des objets trouvés ou des instruments. Imaginez-vous donc mon étonnement quand j’ai réalisé que je passais plus de temps à brancher ma clarinette qu’à en jouer de façon traditionnelle, et que mes outils technologiques s’étaient immiscés dans mon travail avec les musiciens sans formation.

Comment en suis-je arrivée là? Grâce à la danse. Je joue pour des danseurs depuis longtemps, et j’adore jouer d’un instrument acoustique dans ce contexte. Toutefois, lorsque j’occupe seule le rôle de musicienne, j’ai souvent affaire à un défi particulier : la clarinette est un instrument mélodique et, au cours d’un spectacle d’une heure, il arrive un moment où une seule mélodie ne me suffit plus. J’ai déjà contourné le problème en repoussant les limites de l’instrument, en me servant d’objets trouvés, en demandant aux danseurs de faire office de « chœur » – mais en réalité, un seul instrument mélodique ne peut me fournir la palette sonore élargie dont j’ai besoin. Je dois me dédoubler.

Voilà l’utilité des pédales de guitare. Les pédales de loop, c’est magique – on enregistre une piste, et le looper la répète allègrement jusqu’à ce qu’on lui dise d’arrêter. On superpose une autre piste… et soudainement, un instrument mélodique peut s’occuper de l’harmonie et du contrepoint. On ne fait pas que se dédoubler – on se transforme en un orchestre complet. C’est magique – et ça crée une dépendance, ce qu’on constate à observer l’expansion de ma collection de pédales.

Je ne peux certainement plus prétendre jouer d’un instrument acoustique. Je me sers de loopers et de processeurs d’effets, ce qui me donne accès à des options harmoniques et contrapuntiques, à l’échantillonnage, au traitement numérique de sons en temps réel, et à l’utilisation d’échantillons sonores préenregistrés. Je jongle avec ces éléments au fur et à mesure afin de respecter les durées variables que demandent les open scores, très courants dans le milieu de la danse. J’utilise quand même l’ensemble de mes solutions acoustiques – j’ai maintenant une gamme élargie d’options, et je choisis la solution la plus appropriée selon le cas.

L’histoire de la musique regorge de gens ingénieux ayant cherché à résoudre un défi de façon originale. Mon défi était de concevoir des œuvres de longue durée pour clarinette seule (et les partitions correspondantes) pour des projets de danse. Quel est le vôtre? Où vos solutions vous mèneront-elles? Les prochains articles de blog exploreront des technologies simples et accessibles pouvant servir à faire de la musique avec des amateurs.

 

Ouf! Le concert approche

Vous avez beaucoup improvisé, les gens s’amusent comme des fous, et maintenant, le concert approche à grands pas. Que faire? Je vous dirais d’improviser en concert comme vous le faites déjà. Sinon, vous pouvez opter pour une approche légèrement plus compositionnelle. Prenons S’amuser avec les sons filés – l’article de blog précédent – comme point de départ, et allons un peu plus loin…

La règle principale du jeu reste la même : vous pouvez faire un son filé ou un silence. Ensuite, pour ce qui est du choix de notes… Réalisez plusieurs versions du jeu en vous servant d’ensembles de notes divers (voir l’article précédent ou créez vos propres ensembles). Votre groupe a-t-il une préférence pour certains ensembles de notes? Déterminez les ensembles de notes préférés de votre groupe, et demandez à une personne d’en « diriger » l’exécution en indiquant au groupe l’ensemble de notes à jouer ainsi que la durée désirée.

Exemple de score.

Choisissez plusieurs chefs – chaque chef dirigera l’exécution des ensembles de notes à sa façon, et à une cadence qui lui sera propre. En tant que tel, c’est fascinant à observer. Pour le concert, demandez au public de deviner les règles du jeu; ensuite, faites diriger ce même jeu par vos trois chefs les plus enthousiastes – les publics adorent, car ils y perçoivent le niveau d’engagement qu’implique la création musicale… tout en pouvant y participer!

S’amuser avec les sons filés

Je suis geek, je l’avoue – j’aime faire des sons filés sur mon instrument, même après 30 ans de jeu. Il s’agit d’une occasion méditative qui me permet de tout oublier et de me plaire à produire du son. J’y trouve une certaine poésie, mais je réalise que ce n’est pas le cas pour tout le monde! Or, la pratique des sons filés améliore incomparablement le jeu de mes élèves. Que faire, alors, pour la rendre intéressante et inspirante pour les moins-geek-que-moi? Ah, j’ai tellement de stratégies…

Son et silence

Instrumentation : vents, cuivres, cordes, percussions mélodiques
Âge et niveau d’habileté : tous les âges, intermédiaire à avancé
Nombre de participants : 6-35

Depuis longtemps, ma méthode de prédilection pour travailler les sons filés est un jeu musical où les instrumentistes ont deux choix :

  1. jouer un son filé
  2. jouer un silence
Campbell, Son et silence

Les sons filés et les silences peuvent se chevaucher n’importe comment, ce qui crée des textures et des timbres qui évoluent au fil des entrées et des sorties intercalées des instrumentistes.

Campbell, Son et silence, une variation

La hauteur des notes peut être prédéterminée ou non. Voici des exemples d’ensembles prédéterminés de notes :

Choisissez parmi :

  1. Un mi situé dans n’importe quel registre
  2. N’importe quelle note d’un accord spécifique (par exemple, do majeur ou mi mineur)
  3. N’importe quelle note d’une gamme spécifique (par exemple, une gamme pentatonique ou une gamme de ré majeur)
  4. N’importe quelle note d’un tétracorde tel que (0, 1, 2, 6) ou do, do dièse, ré, fa dièse
  5. N’importe quelle note de la gamme chromatique

Pour toute option, l’exécution peut se prolonger pendant un certain temps. Encouragez l’écoute et le dialogue musical chez vos participant·es. Chaque groupe – y compris le vôtre – arrivera à un traitement différent des matériaux.

La prochaine fois, on verra comment transformer ce jeu en processus collaboratif de composition.

Les moyens du bord

Rebienvenue, tout le monde! Pour lancer la haute saison en grand, voici une anecdote en lien à la créativité en musique.

Il était une fois… je me suis cassé le bras. J’ai eu affaire à une fracture simple, et les os se soudent – bref, ça n’a pas été la catastrophe. Cela dit, quand une musicienne se casse un bras, il s’agit quand même d’un événement majeur. Après avoir reçu beaucoup de soins professionnels, mon bras s’est replacé normalement… et, en plus, je me suis mérité une cicatrice pas mal impressionnante. J’allais pouvoir rejouer! Super!!!

Euhhh… Oups. La patience n’étant pas un de mes atouts, j’y suis allée un peu trop fort. Je savais que ce n’était qu’une question de temps, mais j’avais envie de jouer. Mon bras n’avait simplement pas l’endurance nécessaire pour jouer très longtemps. En fait, au quotidien, il semblait s’essouffler au bout 10 minutes. Je n’ai jamais eu l’habitude de pratiquer pendant de longues heures, mais même pour moi, 10 minutes, ce n’est rien. J’ai donc décidé que j’allais jouer avec mes deux bras tant et aussi longtemps que mon bras nouvellement guéri pourrait le tolérer, et que je ne poursuivrais ma pratique qu’avec mon « bon » bras une fois que l’autre serait épuisé.

Le défi à surmonter était donc le suivant : j’allais devoir éviter de me servir de mon bras gauche pour jouer de la clarinette. La main gauche s’occupe du corps du haut de la clarinette; elle est essentielle à tous les doigtés. Voilà que j’allais devoir me passer du corps du haut.

Allais-je pouvoir jouer de la clarinette en ne me servant que du corps du bas? Heureusement, j’ai réussi à faire entrer mon bec dans le corps du bas. Tout à coup, je me suis retrouvée avec une « clarinette pour droitière », mon bras gauche a pu prendre une pause bien méritée (… ouf…!), et j’accédais à un monde de sons entièrement nouveau.

Ce blog porte sur la création musicale pour tout le monde – alors pourquoi est-ce que je raconte cette histoire? Parce que la créativité s’épanouit au maximum lorsqu’on doit trouver des façons de travailler en respectant des contraintes. Quand je me suis fracturé le bras, je ne m’attendais pas à découvrir la demi-clarinette, un nouvel instrument. En fait, je ne l’aurais jamais imaginé – mais quand j’ai dû trouver une façon de faire de la musique avec les moyens que j’avais, j’ai trouvé. Depuis ce moment, les découvertes qui en ont résulté ont pris beaucoup de place parmi mes activités de création. Voici Songbird, une œuvre pour demi-clarinette et loop station que j’ai composée et interprétée.

Je me sers de cette anecdote pour capter l’attention des musiciens amateurs et pour les encourager à penser en exerçant leur créativité. Si on se sent limité, (« je n’ai jamais pris de cours de musique » ou « je ne suis pas chanteur·se »), quel est donc l’envers de la limite en question? Au plan pratique, comment ces limites peuvent-elles vous amener à créer une musique qui ne vous aurait jamais effleuré l’imagination?

Bonne rentrée, tout le monde!

 

Jouer au jeu de la musique… en mode « pep rally »!

On vous a déjà demandé de diriger un atelier de musique créative pour plus de 120 adolescentes? Ça m’est arrivé – et je me suis vraiment amusée au Trafalgar School for Girls. J’étais un peu nerveuse – ça fait beaucoup de monde, et quand les ados sont enthousiastes, ils et elles dépassent vos attentes, mais sinon… eh bien, un atelier peut facilement s’avérer très laborieux. Comment allais-je donc faire pour susciter l’enthousiasme et l’engagement de ces filles dès le départ?

Lorsque je travaille avec des amateurs, ma tâche première consiste à les mettre à l’aise, puisque la créativité se manifeste spontanément chez les gens qui rient et qui s’amusent. En ce sens, les jeux sont très utiles. Je n’ai pas ménagé mes efforts, comme j’ai dirigé l’atelier à « Traf » en m’inspirant des pep rallies qu’on organise dans les écoles secondaires anglophones : j’ai organisé un jeu musical participatif lors duquel les filles ont composé, chanté et dirigé leur propre jeu musical en se basant sur celui qui s’appelle Fruit Salad.

Fruit Salad

Les partitions suivantes sont inspirées d’un jeu musical qui consiste à répéter et à combiner trois fragments chantés de quatre temps pour une durée indéterminée. J’ai fait usage de plusieurs variations sur ce procédé dans une variété de contextes : lors d’une exploration musicale avec 30 enfants dans un camp de jour; lors d’un cours de composition offert à six adultes; et lors de pep rallies baptisés Allez (le nom de votre école secondaire)!

Instrumentation : voix
Âges : 7 ans et plus
Nombre de participants : de 6 à 100 (ou plus)

J’emploie le procédé selon lequel on superpose des chants rythmés, et je l’adapte en créant des chants rythmés de longueurs variées. Typiquement, ceux-ci comptent 3, 4 ou 5 temps. Comme ils sont de durées différentes, ils s’intercalent lorsqu’on les répète. Dépendant du contexte, je compose ces fragments comme je l’ai fait pour la partition suivante, destinée à des enfants de 6 à 10 ans.

Fruit Salad. Répéter chaque fragment pour une période indéterminée. Les encadrés indiquent les mots à omettre ou à rajouter (voir Le jeu).

Lorsque c’est possible, j’invite les participant·e·s à composer ces fragments, ce qui stimule leur implication au plan créatif et leur permet de s’approprier la partition résultante. Les fragments suivants sont tirés d’une partition composée par des élèves en musique de la Trafalgar School for Girls (sous les conseils de Kirsten Offer, leur enseignante de musique) sur le thème d’ArtsFest, soit le festival bisannuel de leur école qui fait plein feux sur les arts. Mis à part les fragments contenus sur cette partition, plusieurs autres chants ont été composés; j’ai choisi et adapté ceux qui s’adapteraient bien au contexte d’un pep rally réunissant plus de 120 personnes.

Allez, Traf! Chant ArtsFest, Trafalgar School for Girls

Le jeu

Trois chefs dirigeant chacun des fragments. Fort, plus fort, et « en mode détente ». Trafalgar School for Girls

Voilà qu’on doit transformer ces partitions en jeu : d’abord, les participant·e·s doivent apprendre les fragments par cœur. On choisit un·e ou des chef(s) d’orchestre qu’on charge d’indiquer les nuances, les entrées et les sorties. Que se passe-t-il si tout le monde commence en même temps? Que se passe-t-il quand les fragments de 3 et de 4 temps commencent fort et se poursuivent decrescendo? Que se passe-t-il si une seule personne entame le fragment de 5 temps en le chuchotant?

Ensuite, on choisit un mot ou une expression parmi chacun des fragments et on le remplace par un silence. Ensuite, on en omet un autre. Et un autre. On remet un mot ou une expession ayant été enlevé. On rajoute et on enlève des éléments de différentes façons à chacun des fragments. Les carrés gris renfermant des mots dans les partitions ci-dessus présentent une façon, parmi d’autres, de regrouper des mots et des expressions afin de les enlever ou les rajouter. Portez une attention particulière aux choix que vous effectuerez en ce sens pour votre partition – ceux-ci auront un impact énorme sur la groove ou la carrure rythmique de votre pièce. Des mots et des figures rythmiques différents seront mis en relief et s’aligneront de façons variées et surprenantes, tout dépendant du moment et de la méthode employés pour l’ajout ou l’omission de mots et de phrases.

Maintenant, trouvez une façon de rajouter et omettre des mots dans le feu de l’action : inventez des signes de main pour indiquer les inclusions et les omissions. Écrivez les fragments sur un tableau blanc; couvrez et découvrez ces mots avec des bouts de papier. Pour ce qui est de votre direction, faites preuve de créativité! Mieux encore, invitez vos participant·e·s à proposer d’autres façons de diriger le jeu. Chaque groupe vous offrira des solutions différentes; la même partition résultera ainsi en une diversité de pièces. Amusez-vous bien!

Allez, Traf! Musique inspirée des « pep rallies ».

 

Faire de la musique avec tout le monde …

Cela fait très longtemps que j’ai découvert le plaisir de jouer avec des musiciens néophytes ou encore amateurs. Tout a commencé il y a environ vingt ans lorsque je suis entrée dans un studio de danse pour enseigner la musique à une vingtaine d’enfants de huit ans surexcités pour cause de « chocolatite aigüe ». Pour tout arranger, le système de son était horrible et le piano mis à ma disposition sonnait merveilleusement faux. Dans ces conditions, apprendre à ces petites tornades la différence entre une noire et une croche allait s’avérer mission impossible, et ne me faisait vraiment pas envie. Par contre, rentrer dans leur jeu et les aider à se transformer en monstre à trois têtes caquetant dans une langage inventé … ça c’était beaucoup plus amusant ! Le plus beau est que ce genre d’exercice m’amuse toujours autant aujourd’hui que ce soit avec des enfants de huit ans, ou des adultes de quatre-vingts ans.

Ces dernières années j’ai eu le plaisir d’animer des ateliers de formation pour enseignants et des cours d’introduction à la pédagogie pour les musiciens. Le thème central de ces séances était « La créativité au sein de la salle de classe ». À chaque fois, la même question m’était posée : « Où puis-je me procurer les partitions que vous avez utilisées ? ».  Ma réponse : « Il n’y en a pas ; les oeuvres finales émergent des improvisations menées avec les étudiants ». En effet, qui qu’ils/elles soient, quel que soit leur âge, leur éducation musicale (si elle existe) je fais appel à l’expérience de tout le monde en faisant appel à des pratiques musicales participatives que j’ai glanées lors de mon parcours de musicienne et d’enseignante.

Je vais utiliser ce blogue comme une plateforme où je partagerai mes idées et mes expériences liées à la pratique musicale pour tous. Chaque article aura pour objet une « partition » spécifique et inclura différentes ressources : des partitions en bonne et due forme ou des récits, ou encore, si je veux vous épater, des vidéos. Mon espoir est que vous pourrez utiliser ces ressources non comme un curriculum fini mais comme des points de départ pour vos propres explorations dans la pratique musicale participative.

Essayez le coup du monstre à trois tête … c’est vraiment super rigolo 🙂