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Pour Leila

Pour commencer la saison, j’aimerais vous raconter une petite histoire sur Leila, mon amie de trois ans, qui nous permettra d’apprendre à la connaître et de voir comment elle fait de la musique. Je partagerai également quelques réflexions sur la manière d’animer la musique créative chez toutes sortes de gens.

Pour Leila

J’ai encore perdu mes mitaines. Je les perds toujours. Sauf que cette fois-ci, il fait -33°. Je suis en train de regarder Leila jouer dans la neige dans la cour de la garderie, les mains gelées par le froid. Impossible que je sois venue sans mes mitaines, je m’en serais rendu compte. Ils doivent être à l’intérieur.

« Leila, j’ai perdu mes mitaines. Peux-tu m’aider à les retrouver? »

Leila me regarde sans comprendre et se remet à creuser dans la neige. Moi non plus, je ne comprends pas. Mes mitaines sont énormes – ce sont de grosses mitaines noires qui remontent jusqu’aux coudes. Elles gardent mes mains bien au chaud quand il fait un froid glacial et sont très difficiles à perdre.

« J’ai perdu mes mitaines, Leila. Où sont-elles passées? »

Elle me regarde, toujours sans comprendre, mais j’ai maintenant son attention. Leila se préoccupe beaucoup de ce qui appartient à qui. Depuis qu’elle marche à quatre pattes, elle essaie toujours de m’amener mes affaires. Une fois, c’était mes chaussures, alors que je discutais avec sa mère dans le salon. Une autre fois, j’étais au beau milieu d’une grosse soirée, et elle m’a apporté mon manteau. Un jour, elle m’a même amené mon sac à dos, qui pèse presque autant qu’elle, en le traînant avec détermination.

Je lui demande son aide, et je suis sérieuse. Je ne veux pas traverser la ville dans ce froid sans mes mitaines. Je les ai cherchées partout dans la garderie. Même les employés de la garderie les ont cherchées, mais personne ne les a trouvées.

« Mes mitaines, Leila, où sont-elles passées? » Elle me regarde et fait le geste que font tous les enfants de trois ans pour dire « je ne sais pas », puis se met à chercher de tous côtés, sans succès. Nous décidons ensuite de retourner à la garderie pour chercher à l’intérieur. Dans le froid hivernal, la neige craque sous nos bottes. Quand j’ouvre la porte de la garderie, c’est un courant d’air chaud qui nous accueille. Mes lunettes s’embuent et je ne vois plus rien.

« Où est-ce que mes mitaines pourraient bien être, Leila? J’ai regardé partout », je lui dis en essuyant mes lunettes. Une fois que je les remets, je vois Leila qui tient mes mitaines, un grand sourire au visage.

« Leila, tu les as trouvées! Où étaient-elles? »

« Elles étaient juste là, Louise! Juste là. » Elle les garde pendant que nous sortons de la garderie, que je la mets dans sa poussette, que je me bats avec la fichue ceinture de la poussette, que je lui donne son goûter. Elle me regarde une fois que nous sommes prêtes à partir : « À ton tour, Louise. Mets tes mitaines. Youpi! »

Tout ça de mon ami de 3 ans qui vient juste d’apprendre à prononcer mon nom au complet (« Lou-ise ») il y a deux semaines. Elle s’occupe de moi. Elle prend soin de moi du mieux qu’elle peut, en m’apportant mes mitaines, en gardant mes mains au chaud, en m’encourageant.

Cette histoire montre pourquoi il faut porter une attention particulière aux gens avec qui nous interagissons pour reconnaître leurs forces et leurs champs d’intérêt. Dans le cas de Leila, non seulement elle fait bien des choses mieux que moi (et pas seulement surveiller mes mitaines), elle est l’une des meilleures improvisatrices que je connaisse. Depuis sa naissance, elle explore le potentiel sonore de tous les objets qu’elle trouve, que ce soit en grattant les surfaces ou les tissus avec ses ongles ou en faisant du « mixage » en temps réel avec des jouets sonores. Posez une guitare électrique sur le sol pour qu’elle puisse la jouer, et elle créera des sons qu’un professionnel ne saurait reproduire. Je pourrais facilement me dire que Leila « ne sait rien » parce qu’elle a trois ans, mais ce serait passer à côté de toutes les choses qu’elle fait déjà très habilement.

Lorsque j’entre dans une pièce remplie de gens prêts à faire de la musique, je fais de mon mieux pour ne pas oublier que les gens sont toujours plus profonds qu’on ne l’imagine, et qu’il faut avant tout éviter de les sous-estimer. Je me pose une série de questions : Qui sont ces gens? Quelles connaissances ont-ils, qu’est-ce qu’ils aiment? Quelles sont les compétences qu’ils ont perfectionnées et dont ils sont fiers? De quelle façon comprennent-ils le sujet qui nous occupe et les sujets reliés? Les comprennent-ils de la même manière que moi ou pas? Que puis-je apprendre d’eux? Quelle est la meilleure manière de faire de la musique ensemble?

Bonne saison à tous!

 

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Imaginez …

Imaginez ma surprise quand j’ai débarqué sur une île qui ne semblait pas avoir de rivage. En effet, quand je suis arrivée aux Îles de la Madelaine pour une résidence d’artiste à l’école Grosse-Île, ce n’était que neige et glace à perte de vue. Lorsque je suis partie un mois plus tard, les vagues se brisaient sur la plage et les gens de Grosse-Île se préparaient avec enthousiasme pour la saison de pêche. Dans le cadre du volet Une école accueille un artiste du programme La culture à l’école et avec le soutien de l’initiative ACE de l’organisme ELAN, les étudiants, les membres de la communauté et moi avons exploré de la musique inspirée par les lieux. C’était vraiment l’endroit parfait pour faire cela ! Pour en apprendre davantage sur cette expérience ou écouter la musique que nous avons créée :

Écouter : le feuilleton radiophonique « November Storm » créé par les étudiants

Lire : Grosse-Île accueille une artiste, article dans le journal Le Radar:

Grosse Ile acceuille une artiste

Écouter : une étudiante parle de son expérience :

CBC Breakaway (en anglais)

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À vos marques, prêts ? Écoutez!

Est-ce que vous êtes déjà assis avec un groupe d’enfant de 8 ans pour écouté en silence pendant une période prolongée ? Encore plus, est-ce que cela est arrivé à la cafétéria où ils peuvent normalement parler avec leurs amis autant qu’ils le souhaitent? Je n’étais pas sûre de la façon dont les jeux d’écoute allaient fonctionner avec les enfants du primaire, mais j’étais convaincue: pour avoir un effet sur les niveaux sonores dans n’importe quel espace, on commence par écouter. Pour que le projet Sound Bites réussisse à réduire les niveaux sonores dans la cafétéria de l’école primaire Coronation, nous devons présenter l’écoute de manière amusante et intrigante pour les élèves…

À vos marques, prêts ? Écoutez!

Demander à une vingtaine d’enfants de moins de 12 ans de s’asseoir et d’écouter en silence pendant une période de temps est une tâche ambitieuse. Le professeur de musique Connie Wilson et moi-même avons donc veillé à ce que les activités suivantes soient couronnées de succès.

« Qui veut faire une chasse au trésor? »

Les enfants étaient tous dedans.

La chasse au trésor sonore

1- Avant de jouer à la chasse au trésor sonore, demandez aux élèves de nommer tous les sons qu’ils entendent (e.x. un éternuement, un klaxon de voiture, des frottements de pieds).

2- Demandez aux élèves d’identifier un son qu’ils entendent fréquemment dans cette pièce et de ne pas le dire à haute voix. Choisissez un élève pour ‘jouer’ le son pendant que tout le monde se couvre les yeux (e.x. frottez une efface sur le tableau, grattez une chaise, frottez des baguettes de percussion). Demandez à des bénévoles de deviner quel était le son, ou de le décrire.


3- À vos marques… prêt… écoutez : Pendant deux minutes, asseyez-vous et écoutez. Ensuite, demandez aux élèves d’écrire ou de dessiner les sons qu’ils ont entendus. S’ils ont du mal à se rappeler de ce qu’ils ont entendu (comme moi!), ils peuvent écrire ou dessiner les sons qu’ils entendent actuellement. Demandez aux bénévoles de raconter ce qu’ils ont entendu. Remarquez les similitudes et les différences dans ce que les élèves entendent.

Astuces:
• Utilisez une aide visuelle pour indiquer où vous en êtes dans la période de deux minutes afin d’éviter la question : ‘Il reste combien de temps encore?’
• Adaptez la durée à votre groupe. Je préfère plusieurs périodes d’écoute courtes afin que la chasse au trésor soit différente à chaque fois. Compte tenu de la rapidité avec laquelle le son change dans une école primaire, une chasse aux trésors de deux minutes peut inclure le gardien qui marche dans le couloir avec un chariot, tandis que le suivant chasse au trésors peut concerner les sons du système de chauffage qui démarre, et la prochaine la pratique de basket dans le gymnase à côté.

Pensez à des environnements acoustiques diverses qui sont facilement accessibles à pied. Répétez la chasse au trésor dans chaque lieux, en écrivant ou en dessinant les sons de chacun. Discutez en comparant les lieux.

Pour Sound Bites, nous avons choisi d’écouter les escaliers, la bibliothèque et deux endroits différents de la cafétéria. L’enthousiasme des enfants pour cette activité et leur écoute attentive m’ont émerveillé. Comme vous pouvez le voir sur les images de ce post, leurs réponses sont étonnantes, complexes et variées, et en disent autant sur chaque individu que sur leur école.

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Spotlight : Sound Bites

Coronation Sound Bites, Louise Campbell

Imaginez une grande pièce : un plancher en béton, un plafond bas de carreaux, des murs de plâtre, des tables entourées de tabourets, un mur de frigos industriels et une cuisine commerciale. Vous entendez également des sons : les bourdonnements, vrombissements et claquements métalliques d’une cuisine. Imaginez la même pièce remplie d’une centaine d’enfants en train de manger. L’efficacité de la salle et l’enthousiasme qui y règne sont louables et les niveaux sonores sont impressionnants. Sous le chapeau du programme « Une école accueille un artiste », je suis ravie de faire partie de « Sound Bites », un projet visant à réduire les niveaux sonores de cette pièce, la cafétéria de l’école primaire Coronation.

À bien des égards, une cafétéria ressemble à un restaurant ou à un bar. On y trouve beaucoup de monde dans un espace fermé et beaucoup de bruit de fond. Les gens parlent fort pour être entendus, ce qui fait en sorte que les autres parlent plus fort à leur tour. En réfléchissant avec Shelly Sharp, professeure de sciences et artiste en arts visuels, nous avons posé les questions suivantes :

« Comment le son affecte-t-il notre bien-être ? Que pouvons-nous faire en tant qu’artistes, élèves et adultes pour comprendre le son et avoir un impact positif sur la qualité et le volume du son à la cafétéria de l’école primaire Coronation ? »

Ces questions entrent parfaitement dans le cadre de l’approche STEAM (Science, technology, engineering, arts, mathematics), le son permettant d’aborder des enjeux reliés à la conscience, à l’expression de soi, au comportement, aux dynamiques de groupe et à l’acoustique. Dans leur cours de science, les enfants avaient déjà étudié les molécules et le transfert d’énergie. Ils pouvaient donc baser leur apprentissage de l’acoustique et du comportement des ondes sonores sur leurs connaissances antérieures.

En utilisant des billes pour modeler les ondes sonores, l’expérience suivante permet d’améliorer la compréhension de la réflexion, de l’absorption et de la dispersion du son, et de l’acoustique d’une pièce en général.

Matériel :
• 3 billes
• 3 matériaux différents de dimensions similaires (p. ex. du bois, de la mousse viscoélastique, du carton ondulé)
• 1 mètre à ruban

Expérience :
Placez les matériaux contre un mur. Marquez un endroit sur le sol pour tirer les billes, en gardant la même distance entre la marque et les matériaux. Propulsez une bille sur chacun des matériaux, en laissant chaque bille s’arrêter après qu’elle frappe la cible. Mesurez et enregistrez la distance atteinte par la bille. Faites l’analyse des données en fonction de l’âge de vos élèves.

Discussion :
Demandez aux élèves de faire des observations :
• De quelle façon la bille a-t-elle rebondi sur les matériaux ?
• Quelles étaient les similitudes et les différences entre les rebondissements ? Qu’est-ce qui pourrait expliquer ces observations ?
• Quels sont les liens entre l’expérience et les caractéristiques sonores :

– de la pièce dans laquelle vous vous trouvez actuellement ?
– d’un environnement calme comme une bibliothèque ?
– d’un environnement bruyant comme une cafétéria ?

Cette expérience nous a permis de discuter du son de manière pratique. En cours de musique, nous avons écouté les sons de la cafétéria d’une oreille très attentive…

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Il était une fois…

Pierre et le loup est un simple conte de fées. Mais ce n’est peut-être pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Les contes de fées sont issus de traditions et de cultures de partout dans le monde. Ils racontent des histoires sur la vie quotidienne afin de divertir et d’enseigner des leçons de vie, des valeurs, de la culture et de l’histoire. Comme toutes les histoires, la personne qui raconte l’histoire, les gens à qui elle est racontée et les raisons pour lesquelles on la raconte sont tout aussi importants que l’histoire elle-même. Comment présenter Pierre et le loup aux enfants d’aujourd’hui ? CLIQUEZ ICI pour consulter le guide pédagogique que j’ai rédigé pour l’Orchestre symphonique de Montréal, qui propose des idées de jeux, des suggestions pour faciliter la médiation culturelle et l’acquisition de compétences transversales et plus encore

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Bourdonnement en cours…

Les jeux de cercle produisent des résultats sonores très différents selon la dynamique du groupe y prenant part. Certains groupes tendent vers une imitation fidèle; leur exploration d’un ou deux éléments musicaux donne lieu à une évolution graduelle du résultat sonore. Par exemple, si un groupe détermine la hauteur des notes et se concentre sur des modifications sur les plans de la durée et des nuances, le son du groupe peut prendre l’allure d’un bourdonnement dont la transmutation des timbres dépend de l’instrumentation. Un bourdonnement continu, dans ce contexte, c’est tout à fait souhaitable…

Campbell, Jeux de cercles: variations

Une suite de nuances différente produira un son bien différent. Vous pouvez indiquer une de ces progressions au groupe en la jouant, en la décrivant, ou en y faisant allusion à l’aide d’images.

Campbell, Jeux de cercles: variations

On peut renverser le paradigme et fixer les paramètres d’un autre élément. Déterminons que la suite de nuances donnée comporte un crescendo-decrescendo, et que les notes restent modifiables. Voilà une modification simple qui donne un résultat sonore tout autre. Que se passe-t-il quand on fixe la hauteur des notes et une suite de nuances, et qu’on se permet des modifier la rythmique? Votre bourdonnement pourrait se mettre à groover. Si on se donne plus de latitude avec la hauteur des notes ou la suite des nuances, on obtiendra des résultats diversifiés. Si vous poursuivez ce processus, votre groupe se mettra à former des opinions sur ce qui fonctionne le mieux au plan musical, et la création d’une composition de groupe sera alors bien entamée. Voici la partition d’un groupe ayant complété ce procédé :

Co-composition basé sur Jeux de cercles, de l’École secondaire Lindsay Place, animé par Campbell dans des ateliers La Culture à l’école

Lorsqu’il a joué à des jeux de cercle, ce groupe-ci a préféré l’imitation précise. D’autres groupes préfèrent les changements radicaux au plan sonore : ceux-ci sautent d’un élément musical à l’autre, créant même un élément de surprise ou de contraste alors que la hauteur reste fixe. Ces deux stratégies sont utiles et intéressantes en soi. À vous, donc, de saisir la dynamique du groupe et exploiter les forces des gens et du groupe avec lesquels vous travaillez. Chaque groupe proposera ses idées, qui seront tout à fait uniques et propres à lui! Voilà ce qui fait la beauté des jeux de cercle.

 

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Note sans lendemain

« Allô… allôô… allôôô… llôôô… llôôôôô… » Les jeux de cercle sont de beaux exemples concrets de ce que contribuent les individus à la formation d’un groupe. Si on remplace une personne au sein du cercle, le son du groupe s’en trouve changé. Si on fait passer un « allô » dans deux cercles, on observe la complainte des loups chez le premier groupe, et une irruption polyphonique de salutations en langues diverses chez le second. Tout dépend de la direction que vous prenez avec votre groupe.

L’article précédent décrivait un jeu de cercle basé sur la répétition et la variation. La consigne est de reproduire, de façon approximative plutôt qu’exacte, le son précédent. Parfois, c’est plus facile à dire qu’à faire. Prenons un exemple extrême : imaginez que vous imitez un son filé sur un trombone en vous servant d’un « instrument trouvé » telle qu’une branche d’arbre pleine de feuilles séchées. Évidemment, vous ne produirez pas un son de trombone. Comment peut-on simuler un son filé à l’aide d’une branche d’arbre? Cela dépend entièrement de l’élément musical que vous choisissez d’imiter.

Demandez à vos participant·e·s de faire un brainstorming des éléments constituant la musique :

  • Éléments temporels (rythme, durée)
  • Hauteur des sons (mélodie, harmonie, geste)
  • Nuances
  • Couleur et texture sonores
  • Forme

Le jeu de cercle établit la forme. Fixez les paramètres d’un autre élément tout en permettant aux gens de s’amuser avec les éléments restants. Voici un jeu de cercle où on a prédéterminé la hauteur des notes :

Note sans lendemain

Sélectionnez une note de hauteur prédéterminée et donnez-la au cercle. Une personne produit cette note sur une respiration complète. Lorsque vous entendez la personne à votre gauche produire un son, rajoutez votre son au sien, soit en l’imitant, soit en variant son élément temporel, ses nuances, et sa couleur et sa texture sonore.

Si ce jeu figure parmi mes préférés, c’est parce qu’il sécurise les participants (grâce à son élément prédéterminé) tout en leur donnant la liberté de s’amuser (avec le reste!). Faites jouer vos participant·e·s et laissez-les découvrir ce qu’ils·elles aiment et n’aiment pas. Vous et votre groupe constaterez l’émergence d’un son de groupe, ce qui vous mènera à la prochaine étape.

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Jeux de cercle

Mon dernier billet posait la question suivante : quelles stratégies peut-on utiliser en musique créative pour se concentrer sur l’exploration des possibles plutôt que sur les erreurs? Pour reprendre une expression actuellement très tendance chez les pédagogues et les technologues, ma tâche principale consiste à « stimuler le développement de l’état d’esprit de développement (growth mindset) », que ce soit en tant qu’artiste en milieu scolaire ou comme facilitatrice de musique communautaire avec des participant·e·s de tous les âges. Mon premier contact avec mes nouveaux groupes se fait en musique. Le jeu de cercle que je propose nous fait effectivement multiplier les « allô… allôô… allôôô… llôôô… llôôôôô… »

Les jeux de cercle sont basés sur des principes tout simples : la répétition et la variation. D’abord, formez un cercle. Ensuite, jouez à « répétez après moi » : j’émets un son que tout le monde répète en groupe. La tâche ne consiste pas à reproduire avec exactitude le son du·de la chef. Elle consiste plutôt à produire un son similaire à celui du·de la chef. Commencez avec des sons simples. Faites quelques folies, pour faire bonne mesure. L’humour maintient la légèreté, développe l’écoute, ouvre l’esprit des gens quant à ce qui « se fait », et aide le groupe à passer de l’opposition des bonnes réponses aux mauvaises à une simple exploration ludique du son.

Une fois que tout le monde est à l’aise et comprend la consigne, vous êtes prêt·e·s à jouer à un jeu de cercle. En voici un exemple simple :

Jeux de cercle, par Louise Campbell

Assis ou debout, formez un cercle. Une personne produit un son sur une respiration complète. Lorsque vous entendez la personne à votre gauche produire un son, rajoutez votre son au sien, en l’imitant à votre manière.

Ce jeu de cercle est un excellent moyen d’encourager l’écoute. J’ai participé à des cercles de 3 à 60 personnes; côté instrumentation, toute une gamme d’options a été explorée, d’une instrumentation standard à un joyeux bordel d’objets sonores quelconques trouvés et contribués par les participant·e·s. La magie se met à opérer quand tout le monde s’écoute et participe de façon enjouée au cercle, qui développe son propre son et son propre rythme. Pour donner suite à cette introduction, le prochain article proposera des façons d’entretenir des conversations sonores approfondies.

 

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Notes de mes cours de tricot

« Si tu fais une erreur, fais-en une deuxième. Comme ça, les gens penseront que tu as fait exprès. Ils ne se douteront de rien si tu ne leur dis pas! »

Photo credit: Ben Hosking

Voilà ce que me conseillait ma grand-mère lorsqu’elle m’apprenait à tricoter. Le tricot est parmi les choses les plus difficiles que j’aie jamais apprises, et ma tendance générale est de m’en tenir aux grandes lignes des consignes plutôt que de les suivre au pied de la lettre. Grand-maman et moi avons ainsi passé plusieurs séances de tricot hilarantes à transformer nos erreurs en « éléments de conception ». Ses paroles me sont revenues au moment où j’enregistrais l’ébauche d’un open score pour un ami collègue. Elles sont aussi d’une pertinence magnifique lorsqu’on fait de la musique créative avec des amateurs.

Que ce soit pour le tricot ou la musique, je préfère recevoir des consignes générales claires plutôt que des détails à n’en plus finir. Voilà pourquoi j’écris des open scores permettant une bonne marge de manœuvre à l’interprète. C’est avantageux lorsqu’on travaille avec des loopers, puisque chaque nouveau loop est (un peu ou très) différent du dernier. Quand je me suis installée pour enregistrer cette ébauche pour mon collègue, j’avais un plan – une liste de sections avec des choix de notes et des procédés correspondants.

Attention… on tourne!

Ébauche de Knitting Lessons, pour clarinette et loop station

Tout se passe à merveille, jusqu’à ce que :

MOI QUI ME PARLE : Zut. J’ai fait une erreur. (elle écoute quelques loops à 1 m55 s et se remémore les conseils de tricot de grand-maman)

Hummm, c’est pas pire, en fait – ça annonce en quelque sorte ce que je compte faire plus tard. (elle poursuit le procédé désigné pour cette section avec la construction d’un nouveau loop)

Alors maintenant, il faudrait intégrer cette erreur… (elle fait de la claquette sur les loopers de 2 m 35 s à 2 m 50 s)

… ouais, cool, ça marche…

Oups! En fait, j’avais autre chose en tête. (elle écoute la nouvelle « erreur » à 2 m 50 s)

À vrai dire, c’est cool, ça. Je me demande si je peux m’en servir… (elle complète le procédé)

S’il y a bien une chose que j’ai apprise grâce au looping, c’est que les événements inattendus sont tout aussi intéressants, sinon plus, que ce ceux qui étaient prévus. Les deux « erreurs » que comprennent cet enregistrement n’étaient pas intentionnelles, mais elles en sont devenues des « éléments de conception » et, en bout de ligne, elles se sont carrément retrouvées dans la partition finale. Si je m’étais arrêtée après avoir commis la première erreur, je n’aurais jamais su à quoi elle me mènerait.

Voilà comment les conseils de tricot de grand-maman me sont utiles lorsque je fais de la musique créative avec musicien·ne·s amateur·rice·s. Le moyen le plus efficace d’inhiber la créativité et l’inspiration, c’est d’adopter une approche qui oppose les bonnes réponses aux mauvaises. Parfois, certaines erreurs sont réellement des erreurs; dans ce cas-là, il est important de s’en occuper à la source (je viens de découvrir la provenance de cette satanée distorsion grésillante…). Quelles stratégies peut-on employer pour organiser une activité de musique créative où on ne cherche pas systématique à identifier les erreurs, et où on suppose que celles-ci sont riches en potentiel? J’y réfléchirai plus longuement dans les prochains articles de blog. Bonne rentrée, tout le monde!

 

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Loops en folie

En vedette : l’École secondaire de la Pointe-aux-Trembles
Karine Lalonde, enseignante en musique
Nikola, violoniste, 3e secondaire
 
Travailler avec des ados peut s’avérer aussi gratifiant que difficile. Si on réussit à les accrocher avec une activité quelconque, ils y mettront une énergie insoupçonnée – mais s’ils ne sont pas intéressés… ouille. J’ai compris que j’avais touché une corde sensible cette année lors d’un atelier Une école accueille un artiste, que j’animais alors à l’école secondaire de la Pointe-aux-Trembles. J’ai fait une démonstration de mon jeu de clarinette après l’avoir raccordé à des pédales de loop. Quand j’ai eu terminé, j’ai vu 25 ados, bouche bée, et j’ai entendu « On peut faire de la musique comme ça? », « Est-ce que je peux essayer? », « hallucinant »…

Il n’y a rien de plus facile que d’installer une pédale de loop pour quelqu’un. On active simplement le mode delay sur la pédale, on tient un micro près de leur instrument et on leur demande de jouer une note. La pédale fait rejouer cette note… encore et encore. Cette fonction permet aux gens de réécouter ce qu’ils viennent tout juste de jouer. La plupart des musiciens amateurs ont une écoute plutôt raffinée : ils distinguent instantanément ce qu’ils aiment de ce qu’ils n’aiment pas!

Ça a certainement été le cas de Nikola, violoniste qui joue de son instrument depuis cette année, et le premier élève à s’être servi de ma pédale de loop après ladite démonstration. Nous avions l’avantage d’avoir complété deux ateliers d’improvisation axés sur des jeux musicaux interactifs; d’autre part, son enseignante en musique, Karine Lalonde, lui offre actuellement une excellente formation. À part ça, je n’ai aucun mérite en ce qui concerne les échantillons sonores suivants : j’ai tenu le micro, je lui ai expliqué le fonctionnement de la pédale, et Nikola s’est chargé du reste. Quelques essais plus tard, voici son premier loop :

Loop rythmique de Nikola, réglage du delay à 120 ms

Pendant l’enregistrement de ce loop, Nikola n’était pas satisfait d’un son aigu soutenu : il souhaitait obtenir un son un peu moins strident. Karine, une excellente violoniste, lui a donc montré comment jouer une harmonique artificielle à distance de quarte – précisément le genre de son qu’il cherchait.

Puisque le premier loop de Nikola avait produit une espèce de bourdonnement rythmique, je lui ai suggéré de développer une idée contrastante en se servant de glissandos. Voici son deuxième loop :

Loop de Nikola créé à partir de glissandos, réglage du delay à 120 ms

Après le cours, j’ai voulu offrir à Nikola un exemple de ce qu’on pourrait faire avec deux loops contrastants. Voici le résultat :

Loops de Nikola, arrangement de Louise Campbell

Je serais très intéressée d’entendre les résultats auxquels Nikola serait arrivé avec ses deux loops. Ma mission actuelle : rechercher des applis gratuites permettant à des élèves d’enregistrer, de créer et de mixer leurs propres loops en se servant d’un minimum d’équipement. Tenez-vous bien, j’ai de nouveaux ateliers Une école accueille un artiste en chantier pour 2018-’19!

Une note sur les besoins techniques : il n’est pas nécessaire que l’équipement soit sophistiqué ou coûteux. Voici un principe général utile : évaluez l’équipement que vous avez à votre disposition et rajoutez-y ce qu’il faut pour qu’il puisse servir. Recherchez des applis de looping gratuites, des amplis avec fonctions delay et reverb intégrées, et des pédales de loop. Demandez à vos élèves ce qu’ils savent et font déjà : il est probable qu’il y en a parmi eux qui font déjà leur propre mixage. Servez-vous de leur équipement préféré, et vous vous retrouverez avec des experts qui s’emballeront à parler d’équipement et à partager leurs connaissances avec leurs collègues tout fraîchement branchés.

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